Los Angeles, 6 octobre 2009. Deux agents du FBI poursuivent à toute allure trois terroristes. Les voitures zigzaguent dans le trafic, évitant l’accident fatal, contraignant nombre de véhicules au crash. Et soudain, c’est le carambolage général, monstrueux. Quand ils reprennent conscience, les deux agents découvrent un monde chaotique. Immeubles en feu, voitures retournées, cris de panique et pleurs de douleur.
Pendant 2 minutes et 17 secondes, le monde s’est arrêté. Un black-out a frappé l’entier de la planète. Des Etats-Unis à la Chine, en passant par l’Allemagne ou la Somalie, 7 milliards d’êtres humains ont perdu connaissance en même temps. Et ont vu leur futur, leur vie six mois plus tard.
Fort de ce pitch initial, FlashForward semblait taillé pour succéder à Lost dans le cœur des fans de séries aux frontières du paranormal et aux combinaisons d’explications dignes d’un Rubik’s Cub. Las, le public américain a boudé la production d’ABC, la condamnant à disparaître des écrans après une seule saison. Ce qui n’a pas empêché Canal +, TF1 et la TSR d’acquérir les droits de FlashForward. Et d’offrir ainsi une seconde chance à une série plus fascinante et addictive qu’attendu.
Interrogations multiples. Car si l’idée d’un flash-forward – procédé narratif inverse du flash-back – est originale en soi, ce sont ses conséquences qui rendent l’intrigue passionnante. Le black-out initial fait ainsi plus de 20 millions de victimes à travers le monde, réparties selon les fuseaux horaires. En Chine, la majorité de la population dormait. Aux Etats-Unis, les avions de ligne sont tombés du ciel, les pilotes s’étant assoupis comme le reste de l’humanité. De quoi amener la CIA à soupçonner la Chine d’être à l’origine de l’événement.
Moins caricatural dans ses conclusions, le FBI tente de son côté de comprendre le sens du phénomène, afin de remonter à sa source. Et lance une enquête... inspirée du flash-forward de l’un de ses agents. Via le site web Mosaïc, l’agence recueille les visions de tout un chacun. Y compris de ceux qui n’ont rien vu durant ces 2 minutes et 17 secondes, annonciatrices d’une mort imminente.
S’attachant aussi bien aux destins personnels qu’à la folie collective, FlashForward s’éloigne rapidement de l’enquête classique pour explorer les multiples recoins d’une humanité marquée par la plus grande catastrophe de son histoire. A moins que ce type d’événements ne se soit déjà produit, vingt ans plus tôt, échappant à la vigilance du gendarme américain...
Labyrinthique, surprenant et inventif, Flash-Forward n’échappe toutefois pas aux errances et aux poncifs inhérents à toute série grand public. Les rebondissements sont parfois forcés, le fil conducteur se détend par instant et les incessants changements de direction peuvent agacer.
Reste que la série parvient à s’émanciper de son suspense initial pour embrasser une quête plus métaphysique, renvoyant au désir ancestral de connaître son avenir. Une fois toutes les cartes en main, l’être humain peut-il infléchir le destin, fort de sa vision du futur? Ou cet avenir entrevu tient-il déjà compte de ces nouvelles connaissances, n’offrant pour unique échappatoire que le suicide, afin d’éviter toute interaction fatale avec le monde?
Démunis et confiants à la fois, les héros de FlashForward évoquent des créatures abandonnés par la main qui les a orientés un instant, slalomant le long d’une route rectiligne, mais au revêtement cabossé. Le futur n’a jamais semblé si proche, mais son souvenir parasite le présent, à la manière d’une malédiction trop désirée. Pour peu, on pourrait y voir la métaphore d’une humanité plus perdue que jamais, s’accrochant à un passé fantasmé en ce début de troisième millénaire, comme incapable de s’inventer un avenir. Quand le flash-forward devient flash-back, la fin est peut-être proche.
Sur TSR1, tous les mercredis soirs. Coffret DVD. Buena Vista Home Entertainment. Sortie le 30 sept.
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