Deux chefs pour une messe en si.
Par Dominique Rosset - Mis en ligne le 12.02.2009 à 06:00
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Michel Corboz et Marc Minkowski livrent chacun leur interprétation de l’œuvre visionnaire et sacrée de Bach.
Juillet 2008, dans une église de Saint-Jacques-de-Compostelle, le chef français Marc Minkowski rassemble ses Musiciens du Louvre. Un mois plus tard, c’est à Michel Corboz de réunir son Ensemble vocal et instrumental de Lausanne dans la salle de Villefavard, sorte de grange sublime du Limousin. Les deux chefs sont habités du même projet: rendre palpable leur fascination pour la Messe en si mineur de Bach. L’un s’y lance pour la première fois, l’autre la remet pour la quatrième fois sur le métier. Il y a bien sûr des différences concrètes entre ces deux versions. Michel Corboz demeure fidèle aux instruments modernes et à la distribution habituelle des rôles, partagés entre des solistes et un chœur fort d’une trentaine de voix. Marc Minkowski, lui, s’appuie sur son ensemble d’instruments anciens auquel il joint dix chanteurs qui officient tour à tour comme solistes et choristes. Chez Corboz, chaque timbre est familier et reconnaissable, chaque couche sonore est à sa place. L’orchestre soutient le chœur, dialogue avec les solistes, accompagne avec discrétion, puis reprend corps au moment de clore les airs. Chez Minkowski en revanche, voix et instruments fusionnent, créant des climats qui modulent sans cesse, en fondu-enchaîné, mais ne dissocient jamais les partenaires de jeu. Michel Corboz, chef de terrain et de chœur, enracine la musique: il prend appui sur les cellules rythmiques et les instruments graves pour y bâtir l’édifice. Marc Minkowski mélange les ingrédients, privilégie les longs phrasés, enjambe allégrement les barres de mesures et varie ses approches stylistiques selon la construction de chaque moment de la messe. Il passe de l’art du motet à celui du concerto, de la dynamique d’une danse à celle d’un lamento, de l’univers du sacré à celui du profane, de l’opéra. Ainsi, alors que les deux chefs usent de tempi souvent assez proches, ils diffèrent totalement dans leur manière de découper le temps et de le faire défiler. La Messe en si selon Michel Corboz s’écoute comme un magnifique concert choral, une célébration orchestrée par Bach. Celle de Marc Minkowski se parcourt comme une évocation organique de toutes les facettes du compositeur. A partir d’une même partition, deux hommes racontent une tout autre histoire.
Michel Corboz et l’Ensemble vocal et instrumental de Lausanne. Mirare, 2 CD. Marc Minkowski et Les Musiciens du Louvre. Naïve, 2 CD.
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