Prescrire une bonne dose de vitamine C pour guérir de la grippe? L’effet sur la maladie est quasiment nul. Mais le médecin peut se sentir soulagé d’avoir aidé son patient à se sentir un peu mieux et ce dernier satisfait de ne pas avoir appelé son médecin pour rien.
Les deux milliards de francs offerts par la Confédération pour soutenir l’économie touchée par l’appréciation de la monaie ont sans doute la même efficacité que la vitamine C contre la grippe. «Si l’on a de l’argent à dépenser, dans quoi le dépenser pour faire baisser le franc? C’est simple: dans rien», résume Stéphane Garelli, professeur à l’IMD et à l’Université de Lausanne.
Après des mois d’un «silence assourdissant», les autorités fédérales se devaient de montrer au peuple suisse «qu’elles faisaient quelque chose». Logiquement, constate la conseillère nationale écologiste Adèle Thorens (VD), «on définit des besoins avant de chercher à les financer. Et non l’inverse.»
Mais puisqu’il en est ainsi et que les offices fédéraux concoctent de jolis projets à présenter au Seco qui les soumettra sans tarder au Conseil fédéral, quelques pistes peuvent être suggérées.
A éviter. La politique de l’arrosoir est sans doute à éviter à tout prix. «Il faudra être très sélectif dans l’aide, ne pas subventionner des entreprises qui n’en ont pas besoin», commente Philippe Maquelin, administrateur de Tornos à Moutier.
L’ex-directeur financier de la fabrique de machines-outils craint la formation d’une «usine à gaz où l’on dépense un milliard pour contrôler que l’on a bien dépensé l’autre milliard».
Etonnamment, alors que les autorités fédérales parlent surtout de mesures à court et moyen termes en faveur du secteur touristique et de l’industrie d’exportation, maints acteurs de la vie économique mentionnent plutôt des mesures à long terme.
Au hit-parade des domaines à soutenir, «les infrastructures» décrochent la timbale. Est-ce une réminiscence du programme de stabilisation conjoncturelle en trois phases, mis en œuvre de novembre 2008 jusqu’en juin 2009 pour lutter contre une dangereuse vague de récession?
Avec l’annonce d’un essoufflement conjoncturel, l’idée que l’argent public soit gaspillé dans des dépenses dictées par une urgence un brin électoraliste semble hérisser quelques poils.
Infrastructures et énergie. Les infrastructures ainsi que la mobilité liées aux projets d’agglomération sont précisément en tête des préoccupations du canton de Vaud. Ils représentent en effet la plus grande partie (325 millions de francs) des fonds que le Conseil d’Etat vaudois vient de libérer de manière anticipée, à la faveur d’un excédent financier prévu pour la péréquation fédérale.
Les énergies renouvelables figurent à la deuxième place (100 millions). Au niveau fédéral, le financement d’un projet tel que la troisième voie ferroviaire entre Lausanne et Genève et toutes les mesures destinées à économiser l’énergie et à développer les énergies renouvelables devraient être des priorités.
Comme le constate Christophe Ballif, professeur ordinaire au laboratoire de photovoltaïque et couches minces électroniques à l’Institut de microtechnique de Neuchâtel, «malgré toutes les grandes déclarations de Berne concernant la valorisation, le transfert technologique et la recherche, pour l’instant, dans les faits, c’est nul. Pour 2012, le budget de l’Office fédéral de l’énergie a été réduit.»
Coups de pouce étatiques. Du côté patronal, il y a une grande réticence à impliquer des fonds publics dans les nouvelles technologies. Encore récemment, Dominique Reber, responsable des infrastructures, de l’énergie et de l’environnement chez Economiesuisse, déclarait que «le cleantech ne peut pas être créé de toutes pièces par des mesures étatiques».
Certains coups de pouce de la puissance publique peuvent toutefois s’avérer indispensables. Ainsi, quand l’entrepreneur doit tester son prototype de laboratoire dans une installation pilote, il se trouve bien souvent démuni financièrement.
Les banques comme l’Etat sont aux abonnés absents (lire L’Hebdo du 17 février 2011). Doter les offices concernés (énergie et environnement) d’une somme de 50 millions au lieu des dérisoires 8 millions dont ils disposent pour soutenir ce genre d’opérations serait une heureuse initiative.
Par ailleurs, «développer certains projets phare sur des sites industriels ou urbains, en optimisant tout ce que l’on sait faire, est quasiment impossible en Suisse, faute de ressources», observe Daniel Zürcher, chef de la section innovation à l’Office fédéral de l’environnement (OFEV).
Tester de nouveaux systèmes de transport ou stimuler l’écologie industrielle nécessitent un financement important auquel participent généralement les secteurs public et privé. Puisque la Suisse peut se permettre des dépenses exceptionnelles de deux milliards, autant qu’elle les affecte à des initiatives qui en valent vraiment la peine.
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