ARCHIVES
BON POUR LA TÊTE

ACTUALITÉ

ÉCONOMIE & FINANCE

SOCIÉTÉ

POLITIQUE

ÉCOLOGIE

RÉACTIONS

CULTURE

DOSSIERS

PERSONNALITÉS

ENTREPRISES

MIX & REMIX

GUIDES

FORMATION

INTERVIEWS

BLOGS

TV

IPAD

HOME > ARCHIVES >  Réduire la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer l'article

Deux visions du renouveau valaisan

Mis en ligne le 06.01.1994 à 00:00

Réflexion sur la démocratie ou exaltation du muscle? Les Valaisans devront choisir entre l'Exposition nationale et les Jeux olympiques.

L'Hebdo; 1994-01-06

JO ou EXPO Deux visions du renouveau valaisan

Réflexion sur la démocratie ou exaltation du muscle? Les Valaisans devront choisir entre l'Exposition nationale et les Jeux olympiques.

Pierre-André Stauffer

Le Valais organisera-t-il les Jeux olympiques d'hiver de 2002, ou accueillera-t-il l'Exposition nationale de l'an 2000? Pour le moment, il court les deux lièvres à la fois, avec l'espoir que si l'un lui échappe, il pourra au moins tirer l'autre. Officiellement, le Conseil d'Etat n'a pas encore tranché entre les deux projets, mais une première étape décisive sera franchie le 28 janvier prochain, lorsque le Comité olympique suisse décidera s'il retient oui ou non la candidature valaisanne. En admettant que cette décision soit positive, les événements devraient s'enchaîner: vote du Grand Conseil en juin 1994, éventuellement vote populaire au mois de septembre. En supposant que là encore, le oui l'emporte, restera l'ultime épreuve: convaincre le Comité international olympique, dont le choix définitif et sans appel est attendu le 16 juin 1995.

«Il est évident que si le peuple valaisan approuve l'organisation des Jeux, nous devrions tous nous mettre derrière le projet pour le faire aboutir», dit Raymond Lorétan, président du comité d'initiative ENS (Exposition nationale suisse) 2000. Donc, pas question de faire quoi que ce soit qui pourrait nuire aux Jeux. Surtout pas pendant la période décisive qui précédera la décision populaire: «Comme les deux projets sont aléatoires, cela se retournerait contre nous...» Raymond Lorétan envisage même de retirer la candidature ENS 2000 au cas où le peuple dirait oui aux Jeux. L'idéal serait que le Conseil fédéral décide de l'attribution de l'exposition nationale après le vote valaisan sur les Jeux, voire qu'il attende, pour se déterminer, le choix du CIO. Avec l'inconvénient qu'il ne resterait plus beaucoup de temps, cinq ans, jusqu'à l'ouverture de l'exposition. «Ce serait tout juste faisable», admet Raymond Lorétan.

Les promoteurs des deux projets ne se sont jamais affrontés publiquement, mais comme le Valais ne saurait à deux ans de distance organiser à la fois une exposition nationale et des Jeux olympiques, il y a forcément concurrence entre deux manières différentes de penser le Valais. Deux manières d'être Valaisan. L'une, celle des Jeux, qui serait l'héritière du «fol développement» qu'a connu le canton il y a vingt ans, dit le député radical Adolphe Ribordy, rédacteur en chef du «Confédéré» L'autre, «plus réfléchie, plus sérieuse, plus imaginative, à qui l'on doit l'école d'ingénieurs, les efforts en matière de recherche et de développement, le nouveau tissu industriel des petites et moyennes entreprises». Deux Valais, celui de Pierre Moren, président du comité d'initiative en faveur des Jeux, et celui de Raymond Lorétan. Un vieux renard de la politique et un jeune loup. Tous les deux démocrates-chrétiens.

«De la même manière qu'on dit que les Noirs sont doués pour la danse, on pense que les Valaisans doivent forcément adorer le ski», ironise Adolphe Ribordy. Mais quoi de plus facile, quand on a des pistes enneigées à disposition, que «d'y faire descendre des gens et de les chronométrer...» Ce qu'Adolphe Ribordy interprète comme un défaut d'imagination, Pierre Moren le voit comme «une démonstration de l'expérience valaisanne». Championnats du monde de ski alpin à Montana, ski nordique dans la vallée de Conches, épreuves alpines organisées au pied levé à Veysonnaz, championnats d'Europe de curling à Loèche-les-Bains: autant d'étapes qui devraient très logiquement conduire à ce couronnement que constituent les Jeux olympiques.

Regroupé autour de Sion, la ville organisatrice, tout le canton est invité à participer à l'aventure: le Haut-Valais au ski nordique; le Bas-Valais, avec Montana, Veysonnaz et les Portes du Soleil de Morgins au ski alpin; Viège, Sierre, Sion, Martigny et Monthey au hockey et aux sports de glace. Il y aura deux villages olympiques, l'un à Fiesch, dans et autour de l'ancien hôpital de campagne construit par les communautés chrétiennes belges et la Confédération, l'autre près de Sion, aux Bains de Saillon. Selon le projet présenté mardi dernier à une délégation du Comité olympique suisse, Confédération, cantons et communes n'auraient à se répartir qu'une garantie de déficit de 100 millions de francs. Le Valais renoncera à la construction d'un grand tremplin pour le saut à skis dont les épreuves se dérouleront à Engelberg. Et le bob sera organisé sur les pistes de Saint-Moritz qui viennent d'être agréées par la fédération internationale (économies ainsi réalisées: 80 millions de francs). «Ce seront les Jeux de l'équilibre», dit Pierre Moren qui veut faire de ce mot son leitmotiv, équilibre régional, financier et écologique, car, promet-il, «nous ne procéderons à aucune coupe d'arbre». Par précaution, les promoteurs envisagent même de faire appel à un représentant des organisations de protection de la nature pour siéger dans leur comité. Certes, une manifestation de cette ampleur ne peut être neutre sur le plan de l'environnement, mais l'idée maîtresse est d'utiliser le maximum d'installations existantes. Il faudra tout de même bâtir une patinoire olympique à Sion et agrandir celles de Martigny, Sierre et Viège. Pour le patinage de vitesse, on se contentera d'un aménagement provisoire sur le stade d'athlétisme de Sion.

«Les Jeux olympiques, dit Raymond Lorétan, c'est un flash, qui permettra une promotion touristique exceptionnelle au niveau mondial.» Médiatiquement parlant, l'ENS 2000 n'aura évidemment pas cet avantage, «mais une exposition où l'on réunit ce qu'il y a de mieux dans l'industrie suisse et européenne aura une plus grande influence, et surtout une influence plus durable, sur le tissu économique du canton».

L'Expo dure six mois, les Jeux quinze jours, «et après on n'en parle plus», ajoute Adolphe Ribordy, sauf peut-être pour constater les dégâts. Les Haut-Valaisans, qui ont déjà refusé les mondiaux de ski nordique, craignent que l'aboutissement de l'autoroute à Brigue et le déroulement des concours de ski nordique dans la vallée de Conches n'étouffent leur région. Le plus connu d'entre eux, Peter Bodenmann, président du Parti socialiste suisse, est un adversaire résolu du projet. «Le tourisme se porte plutôt bien, alors pourquoi des Jeux qui coûteront beaucoup trop cher?» En Valais, la construction représente déjà 18 à 20% des activités économiques, proportion énorme et dangereuse: «Il vaut donc mieux gérer ce que l'on a, consolider, améliorer, plutôt que de se jeter dans des Jeux olympiques, tête baissée, et s'enfermer de nouveau dans la logique du béton», dénonce un autre adversaire, bas-valaisan celui-là. Dans la classe politique et économique, le scepticisme reste pourtant largement minoritaire. Pierre Moren a réussi à regrouper autour de lui tous les directeurs de stations et les anciennes gloires sportives recyclées dans le tourisme. L'Etat lui-même y est d'ores et déjà acquis, même s'il n'a pas encore demandé aux concepteurs d'ENS 2000 de retirer leur projet.

Inspiré par une nécessaire «revitalisation» de la démocratie suisse dans une Europe dont l'avenir reste incertain, le projet d'exposition a un côté presque trop «adulte», trop posé, pour rivaliser sérieusement avec les Jeux, expression d'un Valais un peu sauvage, débridé, qui veut prolonger les joies de l'adolescence. ·

«Pour les JO, nous ne procéderons à aucune coupe d'arbre»

«Une Expo nationale aurait une influence plus durable»





Partager: Partager sur Facebook Partager sur Delicious Ajouter aux favoris Google Ajouter aux favoris Yahoo! Partager sur Twitter Partager sur Yahoo Buzz Partager sur Myspace   Aller en haut de page Haut de page




Inscrivez-vous à notre newsletter afin de recevoir en primeur le sommaire de la semaine ainsi que nos offres spéciales.