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Didier Cossin: "Un transfert massif d’argent des classes moyennes vers les riches"

Par Geneviève Brunet - Mis en ligne le 13.01.2010 à 16:39

Différenciation. Les plans de sauvetage des banques ont transféré de la richesse des classes moyennes vers les plus riches. Le mouvement pourrait s’accentuer.

Après plus de deux ans de crise, comment analysez-vous la situation?

Nous sommes engagés dans une transformation importante, avec la montée en puissance des pays BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine); plus particulièrement de la Chine. C’est un changement fondamental: la banque qui a le plus de valeur au monde, et les profits les plus élevés, est ICBC. C’est une banque chinoise commerciale traditionnelle, extrêmement profitable et ayant des ambitions.

Les banques chinoises ont-elles été affectées par les dérivés de crédit?

Non, elles n’avaient pas un tel degré de sophistication. L’économie chinoise est, par certains aspects, assez rudimentaire: des montants d’argent importants y sont encore transférés en cash.

Les banques mondiales d’importance systémique sont-elles tirées d’affaire?

Il y a toujours des risques dans le monde. Mais pour ce qui est de la crise liée aux subprimes, les deux grandes banques probablement les plus exposées, Citi et UBS, ont été sauvées. Pour UBS, les concessions ont été suffisantes pour maintenir la banque en vie; même si cela a probablement nui à l’économie suisse dans son entier. La question est plutôt de savoir si certains business auraient du survivre. Car la leçon majeure de cette crise est qu’on a assisté à un transfert massif d’argent des classes moyennes vers les plus riches. Et ce transfert devrait s’accentuer avec l’alourdissement de la fiscalité ou l’apparition d’une inflation pénalisant ceux n’ayant pas les moyens de s’en protéger.

N’y-a-t-il pas dans les banques des problèmes qui apparaîtront plus tard?

Dans cette crise, le système bancaire a d’abord affaibli l’économie réelle. La faiblesse de l’économie réelle, avec des taux de chômage élevés en Europe et aux Etats-Unis, pourrait maintenant affecter les banques. Si je devais placer de l’argent en ce moment je ne le mettrais pas en Europe. J’imagine des pertes par endroits et des gains ailleurs. Ce qui rend la prévision difficile pour les Bourses européennes.

Les populations s’inquiètent pourtant peu pour leurs caisses de pension?

Les caisses de pension ayant une gestion passive long terme avec une grosse proportion d’actions européennes et suisses, et d’obligations à taux fixe sans protection contre l’inflation, devraient s’interroger. La transformation des économies devrait inciter les fonds de pension à mener une réflexion stratégique. La Suisse a un avantage incomparable: la flexibilité du système et la possibilité de mener cette réflexion de fond. On pourrait voir de plus en plus d’acteurs financiers jouer les mouvements latéraux de marchés, à travers le «quant trading» ou l’arbitrage, plutôt que les tendances de long terme. Ce qui reviendrait à moins miser sur les méthodes d’investissement traditionnelles, telles qu’acheter des actions et les garder. Les gens ont eu l’illusion que les actions montent à long terme. Il est temps de sortir de cette illusion.

Vous remettez en cause la gestion indicielle?

Je serais mal à l’aise aujourd’hui de recommander uniquement une gestion indicielle passive, alors même que la tradition académique de la finance a poussé à la conseiller; des études ayant montré que les gérants ne faisaient pas mieux que le marché. Je suis convaincu qu’un des changements majeurs à venir sera une plus grande différenciation des performances. Certains acteurs dépasseront nettement les autres, dans la gestion d’actifs comme dans d’autres domaines.

Quelles stratégies pour les banques?

On constate des différences dans les choix stratégiques: certaines banques privées continuent à miser sur la gestion offshore alors que d’autres se sont positionnées pour se développer dans le onshore. La question est de savoir si elles vont être présentes sur les bons marchés pour capter leur croissance. Ont-elles la capacité d’être à Singapour ou Hong Kong ce qu’elles ont été à Genève? La banque privée suisse a un bel avenir, peut-être pas dans l’offshore.

Pourquoi aller à Singapour alors, si ce n’est pas pour son secret bancaire?

Le secret bancaire n’est pas si important pour Singapour car la fiscalité n’est pas très lourde en Asie. Mais c’est une base stable et bien gérée qui existera à long terme. Et de grandes fortunes sont en train de naître dans cette région. Les clients y sont sophistiqués, avec des demandes de produits structurés complexes.

Il y a donc du souci à se faire pour l’emploi bancaire en Suisse?

Bien sûr, et pour la compétitivité du pays en général. La Suisse est très liée à l’Europe. Elle a toutefois moins de risques que beaucoup d’autres pays européens grâce à son ouverture au monde.

Le risque d’inflation est-il sérieux?

Le scénario d’inflation reste probable, celui de déflation reste possible. L’inflation est la solution la plus facile pour les gouvernements pour réduire la dette. Mais ce rêve d’une inflation maîtrisée revient à accentuer le transfert de fortune des classes moyennes vers les riches. Ce qui va malheureusement dans la logique de ce siècle: plus de différenciation. En Chine, il y a des gens extrêmement riches et d’autres très pauvres; tout comme en Inde.

Comment éviter l’accentuation des transferts de valeur vers les plus riches?

Les dirigeants d’entreprise doivent être non seulement intelligents mais vertueux pour faire les bons choix. Il faut encourager le dialogue entre dirigeants bancaires et autorités politiques et sociales.

CE RÊVE D’UNE INFLATION MAÎTRISÉE REVIENT À ACCENTUER LE TRANSFERT DE FORTUNE VERS LES RICHES

 

DIDIER COSSIN

Titulaire de la chaire de Banking and Finance à l’IMD. Membre de nombreuses associations de finance en Europe et aux Etats-Unis. Consultant ou enseignant auprès de banques centrales et d’institutions financières. Titulaire d’un doctorat en Business Economy de Harvard, ancien chercheur associé au MIT, ancien étudiant de l’ENS rue d’Ulm, diplômé de la Sorbonne et de l’EHESS.




Tags: Didier Cossin, banques, classes moyennes,

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Réaction de DenisBloud
le 29.10.2011 à 17:24
Une réflexion macro-économique est nécessaire afin de comprendre l’impasse du...
 



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