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Diffamation et calomnies, la «campaign» dérape

Par Maria Pia Mascaro - Mis en ligne le 16.10.2008 à 06:00

États-Unis. La violence rhétorique de la droite conservatrice à l’égard d’Obama ne fait plus recette, constate l’auteur politique Jeffrey Feldman. Entretien.

Qu’est-ce qui vous surprend le plus dans la radicalisation du langage des républicains?
Les républicains font désormais recours à ce que j’appelle la «rhétorique de la violence». En faisant référence à la «peur» que lui inspire Barack Obama, Sarah Palin (la colistière de John McCain, ndlr) redéfinit le discours politique et fait circuler l’idée qu’une élection d’Obama aura des conséquences physiques violentes pour le pays. En parvenant à faire entrer dans les médias traditionnels les mots «terroriste» et «attentats à la bombe» pour définir Barack Obama ou les gens qu’il connaît, les stratèges de John McCain espèrent faire circuler l’idée qu’Obama lui-même est une menace pour l’Amérique.

Florilège d’infamies…

«C’est triste, mais John McCain est désespéré. Il va utiliser les attaques racistes et extrémistes», commentait, dans L’Hebdo, un stratège républicain. Deux jours plus tard, sa sinistre prédiction se vérifiait. Distancé dans les sondages (52% pour Obama, 41% pour McCain), le sénateur conservateur joue avec le feu.

«M. Obama est trop dangereux pour les Américains.»
Greg Strimple, un des conseillers de campagne de McCain, cité le 4 octobre par le Washington Post.
 
«Notre rival est un homme qui perçoit l’Amérique comme si imparfaite qu’il s’acoquine avec des terroristes qui ont pour cible leur propre pays.»
Sarah Palin, discours au Colorado, le 4 octobre.
 
«Pour un gars qui a déjà signé deux autobiographies, Obama n’est pas vraiment un livre ouvert. (…) Il y a toujours une histoire cachée avec le sénateur Obama.»
John McCain, 6 octobre, Nouveau-Mexique.
 
«Barack Obama est une personne bien et quelqu’un dont vous n’avez pas à avoir peur en tant que président des USA…»
John McCain, réalisant que sa campagne de diffamation lui fait perdre des voix. Montré sur CNN le 10 octobre.

«Après que j’aurai fouetté son vous-savez-quoi
dans ce débat, nous serons actifs 24 heures sur 24.»
John McCain, devant ses partisans à Arlington (Virginie) le 12 octobre. L’allusion à la flagellation d’un Noir est citée par le Washington Times et confirme le tour racial que prend la campagne.

…et bouquet d’insultes…

«Obama devrait admettre et dire, vous savez, je dois être honnête avec vous. J’étais un gars de la rue. J’était très à gauche. J’ai pris de la cocaïne. J’ai voté de manière progressiste. Mais je suis de retour au centre.»
Frank Keating, ex-gouverneur de l’Oklahoma et coprésident de la campagne McCain dans un talk-show, 10 octobre.

«Barack Obama et le terroriste Bill Ayers, amis.
Ils ont travaillé ensemble pendant des années. (…)
Barack Obama est trop dangereux pour l’Amérique.»

Voix off du spot télévisé républicain, ponctué du traditionnel sceau vocal du candidat: «Je suis John McCain et j’approuve ce message.»

«La seule réussite d’Obama dans l’éducation? Une loi pour enseigner l’éducation sexuelle approfondie aux enfants en maternelle. Apprendre le sexe avant d’apprendre à lire?»
Voix off d’un spot TV de la campagne de McCain. (La loi visait en réalité à protéger les enfants contre les abus sexuels et à les aider à reconnaître les adultes déviants, ndlr.)

Est-ce que ces tactiques peuvent marcher?
C’est une stratégie qui peut marcher avec la frange pure et dure du Parti républicain. On a vu la réponse des foules où des partisans de McCain se sont mis à hurler des mots comme «terroriste» à l’évocation d’Obama, ou «tuez-le!» et même «arrachez-lui la tête!». De nombreux électeurs disaient aussi «leur inquiétude» face à Barack Obama durant la campagne des primaires et ils faisaient bien sûr référence aux insinuations faites sur ses prétendues origines musulmanes. Mais dans l’ensemble, ces tactiques ne fonctionnent pas ou plus.
 
D’abord le climat politique a complètement changé avec la crise financière. Les gens veulent des réponses à leurs préoccupations immédiates. Ces diatribes n’en sont pas. Ensuite ces attaques ouvertes se retournent contre McCain et Palin. Jusqu’ici, les critiques contre cette méthode étaient restées anonymes, diffusées par e-mail, par exemple, ou sorties de la bouche de commentateurs de la droite conservatrice. Mais désormais, John McCain fait face à un barrage de critiques en provenance de ses propres rangs. Sarah Palin, qui avait d’abord été perçue comme bénéfique au ticket républicain, apparaît comme une présence négative. Pire: comme un problème pour la démocratie américaine.
 
Dans quel sens?
La «violence rhétorique» a atteint ses limites. Les électeurs réalisent que ces discours ne sont qu’un miroir, qu’ils retiennent les politiciens de faire ce pour quoi ils ont été élus ou d’expliquer pourquoi ils devraient l’être.
 
Les foules se massent pourtant pour aller voir Sarah Palin. Son succès est bien réel?
Oui, mais elle ne conforte que la base du parti, la droite ultra-radicale. Ses attaques contre les intellectuels, son manque d’expérience et ses assauts contre Barack Obama ne convainquent pas les 5 ou 10% d’indécis que le Parti républicain souhaite et doit séduire. En fait, c’est même le contraire qui s’est produit. Depuis le premier débat présidentiel (26 septembre), le candidat démocrate mène précisément de 5 à 10 points dans les sondages.

Barack Obama et son camp ne sont pas en reste sur les attaques négatives, insistant notamment sur «l’inconstance» de John McCain. Ne s’agit-il pas là aussi de «violence rhétorique»?
Non. Les démocrates cherchent à casser l’image de «franc-tireur» que s’est autoattribué John McCain. Cela dit, jamais la campagne d’Obama n’a présenté John McCain comme quelqu’un de dangereux ou de menaçant. Ils ne sont certes pas au-dessus de tout reproche, mais leurs attaques sont dans la norme habituelle de la destruction de la personnalité et du programme politique de l’adversaire.
 
Il est intéressant de noter l’évolution du langage de la gauche. Au fil des ans, elle n’a eu de cesse de se distancier de la rhétorique violente qui la caractérisait, en particulier dans les années 60 et 70. Ce sont d’ailleurs ces vieilles peurs d’une gauche radicale que tentent de réactiver les républicains en liant Obama à Bill Ayers (ex-militant d’extrême-gauche dont le groupe a commis des attentats aux Etats-Unis dans les années 60, ndlr) ou à son ancien révérend Jeremiah Wright, tous deux des vestiges de cette gauche adepte de violentes harangues. Nous avons assisté ces dernières années à un revirement, avec la droite religieuse qui s’est emparée de la «violence rhétorique», en particulier depuis le 11 septembre 2001.
…entraînent Les ripostes de Barack Obama
«1982. John McCain va à Washington. Les choses ont changé au cours des vingt-six dernières années, mais pas McCain. Il a admis qu’il ne sait toujours pas comment se servir d’un ordinateur, ne sait pas envoyer un e-mail, ne comprend toujours pas l’économie. (…) Après un président à côté de la plaque, nous ne pouvons pas nous permettre de continuer sur la même voie.»
Voix off d’un spot démocrate montrant McCain dans un décor technologiquement dépassé ou aux côtés de George W. Bush.
 
«Le plan de John McCain, qui est de racheter les mauvaises hypothèques à une valeur supérieure à leur valeur réelle avec l’argent du contribuable, est une politique instable.»
Jason Furman, directeur économique de la campagne de Barack Obama, déclaration à Chicago, le 8 octobre.

«750000 emplois ont été perdus cette année. Notre système financier est dans la tourmente. Et John McCain? Instable dans la crise. A côté de la plaque sur l’économie. Pas étonnant que sa campagne cherche à changer de sujet (…) en lançant des assauts déshonorants et malhonnêtes contre Barack Obama.»
Spot de campagne démocrate.

«Je ne pense pas que nous puissions nous permettre ce genre de direction instable et incertaine en cette période d’incertitude.»
Obama, 9 octobre, Ohio.

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Outright Barbarous: How the Violent Language of the Right Poisons American Democracy.
Par Jeffrey Feldman.
Ig Publishing, mai 2008, 224 p.




Tags: campagne, élection, présidentielle, Obama, McCain,

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