Dijan ne pardonne rien
Avec «Impardonnables», l’écrivain quitte «Doggy Bag» et livre un «vrai» bon roman sombre et dense.
Francis a 60 ans. Ecrivain vieillissant établi au Pays basque, il a beaucoup écrit, mais fatigue. Il y a dix ans, sa femme Johanna et une de leurs filles sont mortes dans un accident de voiture. Il s’est bricolé une vie de survivant avec son autre fille, Alice, et a tenté de remplacer Johanna par Judith. Mais, un jour, Alice disparaît. Les jours, les semaines passent. Pas de lettre d’adieu, pas de demande de rançon. Francis supporte les jérémiades de son gendre Roger et promène les jumelles d’Alice sur la place. Il engage une amie d’enfance pour jouer les détectives, ne dort plus, ne parle plus à Judith mais prend sous son aile le fils de son amie d’enfance, qui sort de prison, puis son amie d’enfance elle-même, malade. Les éléments de la tragédie sont en place. Après Impuretés, paru en 2005, Djian – qui fête ses 60 ans le 3 juin – fasciné par le succès de séries télévisées comme Les Soprano ou Six Feet Under, s’était lancé dans une ambitieuse série littéraire, Doggy Bag. Publiés entre 2005 et 2008, les six épisodes-volumes plongeaient dans les affres de l’impitoyable clan Sollens. Bilan populaire et critique intéressant, mais vaguement tiède. Voici donc le Parisien de retour aux affaires dites sérieuses avec Impardonnables. Il y a de tout dans ce beau roman triste: le portrait d’un écrivain établi qui se débat avec l’écriture. La peinture d’un couple qui ne sait plus se parler. L’histoire poignante du survivant d’un deuil terrible. La critique du milieu du showbiz et de son besoin de bruit. Une réflexion dure sur le métier de père, sur les imbrications émotionnelles entre un père et sa fille. Le portrait, enfin, d’une famille contemporaine échevelée, chaotique, recomposée et tourmentée. Le tableau est sombre, dans l’ensemble. Parfois, si on lève les yeux au bon moment, un coin de ciel bleu. Proche d’Impuretés dans la thématique de la famille, il est écrit avec une densité, une précision incomparables. Ce qui est impardonnable est implacable.
Impardonnables. Philippe Djian. Gallimard, 236 p.
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