Les Suisses sont fiers quand ils voient l’un des leurs, Joseph Deiss, au perchoir de l’Assemblée générale de l’ONU à New York. Problème: il faut parfois y voter. Or notre pays ne connaît pas de consensus intérieur sur la politique extérieure, dixit Micheline Calmy-Rey. Cela vaut pour l’Europe. Mais pas seulement: sur le Moyen-Orient aussi, l’opinion est divisée.
Reconnue en tant qu’Etat, l’Autorité palestinienne serait placée devant ses responsabilités.
Sur quel bouton pèsera notre ambassadeur lorsque sera soumise aux membres de l’ONU la proposition d’admettre la Palestine en tant qu’Etat? Mystère. A Berne, prudents, les diplomates disent attendre de connaître le texte de la demande. Et l’on s’agite dans les coulisses. Israéliens et Palestiniens tentent d’amener à leur cause les Suisses, et surtout les Européens, divisés sur la question.
Un peuple vit sans statut international, occupé, sans perspectives d’avenir. L’abcès s’envenime. Comment en finir?
Donner à la Palestine la dignité d’un Etat ne serait que justice. L’écrivain israélien David Grossman, dont le fils est tombé au combat lors de la guerre du Liban, déclare aujourd’hui: «Le monde verra qu’il existe un Etat palestinien, reconnu par les Nations unies, et qu’Israël est un Etat démocratique qui occupe un autre Etat démocratique. C’est sans précédent dans l’Histoire.
Ça créera une nouvelle situation pour cette région. J’aimerais qu’Israël soit le premier pays à reconnaître l’Etat palestinien. Qu’on puisse leur dire: O. K., nous avons une chance de créer une nouvelle page, redémarrons un nouveau processus de paix, des négociations.»
Utopique? Les bases d’un éventuel compromis sont connues: sécurité garantie à Israël, retour aux frontières d’avant 1967, partage de Jérusalem, démantèlement des colonies, à trois exceptions près, compensées par des échanges de territoires, renoncement au «droit au retour» des Palestiniens expulsés dès 1947.
Même si la Palestine, morcelée, épuisée, humiliée aura dans tous les cas toutes les peines à prendre le visage d’un véritable Etat, il lui faut, pour sauver sa dignité, une telle «feuille de route». Mais le gouvernement Netanyahou ne veut rien savoir d’un plan de paix: il ne cesse de renforcer la colonisation en Cisjordanie et dans la partie arabe de Jérusalem, rendant ainsi tout dialogue impossible. Tout indique qu’en fait, sans le dire ainsi, il refuse jusqu’au principe d’un Etat palestinien.
A l’heure où l’Etat juif voit son allié dans la région, la Turquie, se retourner contre lui, où la relation avec l’Egypte tourne mal après l’attaque de l’ambassade au Caire, au moment où le mécontentement social gronde à l’intérieur même du pays, les durs au pouvoir ne céderont rien. Ils s’enfonceront dans l’isolement. Et aggraveront ainsi les menaces qui se profilent à long terme.
Reconnue en tant qu’Etat, l’Autorité palestinienne serait placée devant ses responsabilités. Mais elle aurait par ailleurs la possibilité de soumettre à la Cour pénale internationale les violations du droit commises par Israël. Un semblant d’ordre juridique pourrait s’esquisser. A l’inverse, dans le scénario du pire, on pourrait imaginer que l’Autorité palestinienne se dissolve et laisse aux Israéliens la charge d’un terrain vague miné par l’anarchie et la révolte. Promesse d’un bain de sang.
Les pays arabes chamboulés par les aspirations démocratiques ont pour le moment d’autres soucis. Mais la question israélo-palestinienne n’en finira pas de ressurgir. Sans accord de paix, elle empoisonnera le climat international plus gravement encore qu’aujourd’hui.
Le vote de l’ONU prévu pour la fin septembre n’est donc pas une broutille. Une forte majorité se dégage déjà à l’Assemblée générale pour conférer à la Palestine le rang d’Etat. Pas à part entière: il y faudrait l’accord du Conseil de sécurité où les Etats-Unis mettraient leur veto.
Mais en qualité d’Etat observateur. Comme le fut la Suisse. Comme l’est encore… le Vatican. Approuver cette modeste avancée serait bien le moins. La neutralité? On voit là combien elle est illusoire. Dire oui, dire non, s’abstenir même, c’est prendre parti aux yeux des protagonistes. Il faut donc se décider.
Ou alors, suggérer à notre représentant de quitter la salle à l’heure du vote pour aller faire pipi. Cela illustrerait bien la pitoyable démission du monde que prônent les ratatinés de la politique.
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