Quelqu’un m’a dit de faire comme si de rien n’était...
Carla Bruni. Le nouvel album de la femme du président déchaîne les passions des médias. Tous les coups sont permis. Récit d’une chasse au scoop.
Carla Bruni est une fille marrante. Son troisième album s’intitule Comme si de rien n’était. Pourtant, il enflamme les rédactions de toute l’Europe depuis l’annonce de sa sortie à la mi-mai. Même L’Hebdo s’y prépare entre courriels, téléphones et promesses de garder le silence jusqu’à son arrivée dans les bacs. Sans compter encore le déchaînement médiatique de ces derniers jours. Comme si de rien n’était? C’est tout le contraire. Jolie ironie. Ce sont les messieurs du Figaro et de VSD qui ont ouvert le feu. Mercredi 11 juin, les premiers vantaient en une «La belle réussite» de la première dame de France, pour une critique dithyrambique de l’exégète maison, Bertrand Dicale. Quant aux seconds, pas un mot sur l’album – pas entendu – mais une rencontre chez la chanteuse par le rédacteur en chef adjoint Marc Dolisi, en couverture, en édito et sur cinq pages. S’en est suivi une collection d’articles, de l’Italie à l’Angleterre, en passant par l’Espagne et la Suisse. Certains parlent de l’album. D’autres de quelques bribes de paroles lues ici ou là. D’autres encore s’interrogent sur leurs confrères, tel le Corriere della sera, qui relève que l’exclusivité de l’écoute de ce nouvel album de Carla Bruni a étrangement été réservée à un journal appartenant à l’entrepreneur Serge Dassault, ami de Nicolas Sarkozy. Un scepticisme que partage Le Courrier international, qui n’hésite pas à titrer «Quelqu’un m’a dit d’encenser Carla Bruni», référence au nom du premier disque de la musicienne.
Embargo et stratégie. C’est cependant méconnaître le raout qu’est devenu une sortie du genre aujourd’hui. Invité à découvrir Comme si de rien n’était en avant-première, Le Figaro n’est pas seul à avoir profité de l’aubaine. Depuis le début du mois, une unique copie du disque a entamé un improbable tour d’Europe, dans la valise des responsables de Naïve, maison de disques de Carla Bruni depuis ses débuts. France, Allemagne, Suisse et Angleterre figurent parmi les étapes de la tournée. Pour notre pays, Le Matin Dimanche et L’Hebdo ont été invité à la table d’écoute pour représenter la Romandie. Seule condition: signer un document promettant de ne pas dire mot du contenu du disque avant le 15 juillet. Dans le jargon, on appelle ça un embargo. Et Le Figaro s’est fait un plaisir de le dynamiter. Quitte à livrer la chronique canonique d’un disque après une ou deux écoutes seulement. Quitte à encenser un produit que ses lecteurs ne pourront goûter avant six semaines. Privé d’écoute, VSD a de son côté privilégié l’interview. Sauf que chez Naïve, on assure que le journaliste n’a parlé que cinq minutes avec Carla Bruni, il y a quelque temps déjà. La stratégie promotionnelle dictée par Naïve s’est enrayée et la maison de disques parisienne lâche ses anathèmes: les journalistes français ne pourront pas interviewer Madame Sarkozy avant le 19 juillet, deux jours avant la sortie de l’album. Les autres la rencontreront plus tôt, tel L’Hebdo début juillet, chez elle, pour de vrai cette fois.
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