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Double meurtre entre amis

Par Michel Guillaume - Mis en ligne le 17.06.2009 à 15:43

Didier Burkhalter hors course, Martine Brunschwig Graf sur la touche: la stratégie de Fulvio Pelli a fait deux victimes de choix dans la course au Conseil fédéral.

Le feuilleton de la succession de Pascal Couchepin a commencé par un véritable coup de théâtre. Les deux grands favoris, le Neuchâtelois Didier Burkhalter et la Genevoise Martine Brunschwig Graf, sont tombés en disgrâce coup sur coup en quelques heures au Parti libéral-radical. Le premier a déjà abdiqué, la deuxième est écœurée.
En ce vendredi 12 juin, il est 8 h 05 dans la Salle des pas perdus du Conseil national. La présidente Chiara Simoneschi vient de donner lecture de la démission du ministre de la Santé. Dans l’hémicycle, à son entrée pour le débat sur l’assurance invalidité, Pascal Couchepin reçoit une standing ovation. A l’extérieur en revanche, plusieurs libéraux-radicaux alémaniques sortent les couteaux.

Amour soudain.
Ils ont pour nom Filippo Leutenegger, Marianne Kleiner, Philipp Müller, Otto Ineichen ou encore Gabi Huber. La bouche en cœur, tous clament soudain leur amour pour l’avocat genevois Christian Luscher, dont jamais la candidature n’avait été évoquée auparavant. Petit problème: cette touchante unanimité est si patente qu’elle ne peut relever que d’une manœuvre bien orchestrée.
Comme l’a révélé L’Hebdo dans son édition du 4 juin, le président du PLR, Fulvio Pelli, a bel et bien une stratégie secrète. Informé voici deux mois de la démission de Pascal Couchepin, il a eu tout le temps de peaufiner son scénario, axé sur un paramètre intangible, bien que fort contestable: le PLR ne pourra conserver son deuxième siège au gouvernement qu’avec le soutien unanime de l’UDC. Dans cette logique, Didier Burkhalter n’a aucune chance. Très profilé sur les questions de sécurité, ce Neuchâtelois de 49 ans est un bosseur, un bâtisseur de ponts qui se désespère de la bipolarisation de la scène politique suisse et des alliances contre nature de plus en plus souvent passées entre socialistes et UDC.

Renoncement intérieur.
Didier Burkhalter dit officiellement qu’il prendra sa décision d’ici au début du mois de juillet. Mais, intérieurement, il a déjà renoncé à être candidat. Il avoue mal dormir ces derniers temps. Fébrile comme jamais, il a multiplié les petites gaffes, confiant ainsi maladroitement que Pascal Couchepin lui avait demandé de se préparer pour la course au Conseil fédéral. Didier Burkhalter tient surtout à ne pas perdre son âme. «Je suis un homme de convictions », souligne-t-il. Se battant pour une armée qui n’hésite pas à coopérer avec l’étranger il n’a pas envie de donner des gages à l’UDC, dont il estime que la politique conservatrice représente plutôt un danger pour la sécurité de la Suisse. «Je ne suis pas un tueur», ajoute aussi le Neuchâtelois. Il indique ainsi qu’il ne veut pas se compromettre dans des intrigues. Loyal, il soutiendra Fulvio Pelli si celui-ci se porte candidat.
Quant à Martine Brunschwig Graf, qui se tait face à la presse, elle est déjà la future deuxième victime de la manœuvre du 12 juin. Bien que vice-présidente du groupe libéral-radical, il lui a, semble-t-il, fallu deux heures pour comprendre ce qui se tramait dans la Salle des pas perdus du Conseil national. Alors que ses collègues alémaniques lancent en fanfare la candidature de Christian Luscher, quelques camarades latins distillent des vannes tantôt sur son âge, tantôt sur son bilan mitigé de conseillère d’Etat genevoise. Soit dit en passant, elle n’a qu’un an de plus que Fulvio Pelli...

La course de l’Escalade.
Du côté de Genève, on assiste donc au syndrome de la Course de l’Escalade: tout le monde s’inscrit! Comme sur le plan cantonal, libéraux et radicaux n’ont pas encore fusionné, les deux partis pourraient fort bien présenter quatre candidats. D’une part, Christian Luscher et Martine Brunschwig Graf, si celle-ci ne se désiste pas, et peut-être, d’autre part, Pierre Maudet et Hugues Hiltpold. En oubliant que ne pas choisir, c’est risquer de réduire à néant les chances des quatre papables.
La manœuvre du 12 juin permet de tirer un premier enseignement. C’est l’UDC qui, par ses incessantes pressions, est en train de choisir le candidat libéral-radical! Et, au PLR, personne ne semble trouver cela indigne.





Tags: Politique, Suisse, Conseil fédéral, Couchepin,

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