New York, 14 mai 2011, chambre 2806 de l’hôtel Sofitel. DSK sort de sa douche. La suite, version 1: «Sortant de la salle de bains en tenue d’Adam, le directeur général du FMI se retrouve face à Nafissatou Diallo qu’il voit pour la première fois. La jeune Guinéenne paraît surprise, mais nullement terrifiée. Dominique Strauss-Kahn n’est pas bégueule. Il ne s’offusque pas de la présence incongrue de la housekeeper dans une suite présidentielle encore occupée.
Nafissatou Diallo, traversant la chambre, se dirige vers la sortie. Mais elle ne se hâte guère. Strauss-Kahn s’en aperçoit. Il la suit du regard dans le couloir. Nafissatou Diallo se retourne. Elle le fixe droit dans les yeux. Puis elle regarde ostensiblement son sexe. La chair est faible. Dominique Strauss-Kahn a vu une proposition. La situation l’amuse. Rarement dans sa vie, il a refusé la possibilité d’un moment de plaisir. Il ne résiste pas à la tentation d’une fellation. L’acte est rapide (...), cinq à six minutes environ.»
La suite, version 2: «Brusquement, j’ai ouvert la porte. Je bandais comme un gorille et ruisselais de partout. King Kong sortant des eaux. Elle était là; elle était Noire! Une négresse pour moi tout seul. Elle a poussé un cri vraiment d’horreur en me voyant, et elle s’est cachée aussitôt la face en disant “I’m sorry”. “Do not sorry, baby!”, lui ai-je dit, en lui attrapant les seins à pleines mains. (...) Elle s’est enfuie dans le couloir en courant. Je l’ai poursuivie. (...) Je me suis branlé d’une main et l’ai rattrapée de l’autre. En la tirant comme ça, la boniche est tombée sur le dos, sur mon lit défait. (…) J’ai essayé de la retourner pour voir sa tête, car c’était allé trop vite, je ne savais pas si elle était belle ou moche (...). Au passage, j’ai carrément empoigné son vagin, de l’intérieur, à quatre doigts, comme si je soulevais une fenêtre coincée. Elle a hurlé de douleur. Une femme en pleurs ne m’attendrit pas, ça me fout la rage plutôt. (...) Elle m’entrouvre avec dégoût ses lèvres épaisses et rosâtres et moi, je pousse ma queue dedans (...).»
La vérité. Voici, résumé en quelques lignes, ce que vous attendez depuis huit mois. DSK, vous n’en pouvez plus. New York, la place des Vosges, Tristane Banon, Anne Sinclair, violeur ou malade, prisonnier ou socialiste – trop, c’est trop. Vous avez raison. La seule chose que vous avez encore envie de connaître, c’est ce qui s’est vraiment passé à l’hôtel Sofitel ce 14 mai. La vérité, quoi. Ça tombe bien: deux livres prétendent vous la dévoiler cette fin d’année.
Signé du journaliste Michel Taubmann, déjà l’auteur du Roman vrai de DSK l’an dernier, Affaires DSK, la contre-enquête revendique des sources de première main. Convaincu qu’un piège a été tendu à l’ancien patron du FMI, s’affichant comme LA voix de DSK, Taubmann rencontre DSK quatre fois à New York et deux fois à Paris, épluche l’ensemble de leurs relevés téléphoniques, visionne des heures de bandes des caméras de surveillance du Sofitel. Il travaille en tandem avec Edward Epstein, que lui a présenté son grand-oncle et qui le trahira en publiant avant lui les résultats de leur enquête. DSK lui-même prend ses distances avec le livre, qu’il sous-entend «inexact».
L’Enculé, autoédité par le sulfureux et grossièrement antisémite Marc-Edouard Nabe, revisite l’affaire en se mettant dans la tête du principal intéressé. L’Enculé ne zappe aucun passage, du coup de tonnerre initial dans le ciel bleu d’un candidat à l’investiture socialiste au retour honteux en France. Dans sa cellule de la prison de Rikers Island, engoncé dans sa tenue antisuicide, DSK parle à son sexe et à une araignée tissant sa toile qu’il appelle Internette.
Nabe n’a pas rencontré DSK. Tout est vrai, tout est faux. Son seul soutien dans la presse officielle est le chroniqueur du Point Patrick Besson – qui en fait «la synthèse la plus pertinente et la plus joviale de tout ce qu’on a pu lire, voir et entendre sur l’affaire DSK» –, ce qui n’empêche pas son livre, uniquement disponible sur son site, de bien se vendre.
L’Enculé, c’est la version 2. Taubmann, la version 1. Les deux mentent. Une seule s’amuse, et nous avec.
«Affaires DSK, la contre-enquête». De Michel Taubmann. Ed. du Moment, 210 p.
«L’Enculé». De Marc-Edouard Nabe. Autoédité, 250 p. www.marcedouardnabe.com
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