S’il fallait illustrer un retour du refoulé phallocrate, l’affaire DSK en serait l’exemple absolu. Car les femmes qui disent avoir été violées ou violentées, c’est bien connu, sont des menteuses, des putains et des affabulatrices, pas vrai? Et l’homme accusé est juste une pauvre victime qui ne pensait au fond qu’au bien public, à l’avenir de la France et à la défense de l’euro.
«QUAND J’AI COMPRIS QU’IL VOULAIT VRAIMENT ME VIOLER, JE LUI AI DONNÉ DES COUPS DE PIED AVEC MES BOTTINES.» Tristane Banon, écrivaine et journaliste
«Il existe infiniment plus de violeurs qui dorment tranquilles que de femmes déposant plainte pour un viol qu’elles n’ont pas subi», ont rappelé dans Le Monde cette semaine la journaliste Audrey Pulvar et Clémentine Autain, du mensuel Regards. Leur voix est assourdie par le chœur des «amis de Dominique», rêvant de son retour en politique.
La procédure américaine a besoin d’une crédibilité sans tache de la plaignante: ce n’est plus le cas, et le procès pourrait ne jamais se tenir. Mais les zones d’ombre restent cependant réelles, notamment sur la personnalité de DSK, décortiquée depuis des semaines, composant un personnage de caméléon et – au mieux – de jouisseur aimant le risque.
Plus le noyau dur: ce qui s’est passé, le 14 mai, dans la suite 2806 de l’hôtel Sofitel de New York, est très mystérieux, et de toute façon passablement glauque.
L’allégement de la pression aux Etats-Unis, qui vaut à DSK d’avoir récupéré sa caution d’un million de dollars et d’être libre de ses mouvements sur territoire américain, a aussitôt été contrebalancé par l’activation d’une plainte en France.
Opportunismes. Il est loisible d’imaginer toutes sortes d’opportunismes dans la façon dont l’écrivaine et journaliste parisienne Tristane Banon, 32 ans, s’est finalement décidée à saisir la justice pour une histoire vieille de huit ans.
Demeure une question: pourquoi aurait-elle inventé ça? Dans l’entretien accordé au magazine français L’Express, elle souligne que, «en 2003, à l’époque des faits, tout va bien pour moi: stagiaire à Paris Match, je signe chez un éditeur parisien... Ensuite, tout s’est cassé, tout...»
C’est en allant compléter dans un appartement une interview de DSK pour un livre que la jeune femme se serait trouvée en mauvaise posture: «Il s’est montré violent.
Quand j’ai compris qu’il voulait vraiment me violer, je me suis mise à lui donner des coups de pied avec mes bottines, j’étais terrorisée et je lui ai dit: “Vous n’allez pas me violer?” Et puis j’ai réussi à me dégager, j’ai dévalé les escaliers.» Les avocats de DSK ont contre-attaqué pour dénonciation calomnieuse, jugeant l’affaire “imaginaire”.»
Pendant ce temps, à New York, tout s’est passé comme attendu. Après l’arrestation de DSK, le 14 mai, la procédure conduisait à ausculter le passé de Nafissatou D., immigrée aux Etats-Unis en 2004. On y a découvert des mensonges au moment de son entrée dans le pays, concernant un viol collectif qu’elle dit avoir subi.
Des montants grimpant jusqu’à 100 000 dollars sur deux ans sont arrivés sur son compte. Elle payait les factures de plusieurs téléphones portables. Enfin, elle a passé après l’agression présumée un coup de fil à un ami en prison auquel elle aurait confié, en dialecte peul, «ce type a plein de fric. Je sais ce que je fais».
Cela veut-il pour autant dire que ce qu’elle raconte sur ce qui s’est passé dans la suite 2806 est faux? Il existe, auprès des supporters de DSK, une confusion entretenue entre la procédure (qui peut en effet conduire le procureur à renoncer aux charges, en raison de la perte de crédibilité de l’accusatrice) et le moment de vérité du 14 mai vers midi.
Dominique Strauss-Kahn admet avoir eu avec la plaignante une relation sexuelle. Il prétend cette relation consentie. Que reste-t-il aujourd’hui dans le dossier? Les hypothèses les plus prosaïques commencent, leur probabilité dépendant, jusqu’à plus ample informé, du jugement de chacun.
DSK est irrésistible
La femme de ménage de 32 ans aurait consenti à la relation parce que ce formidable séducteur, surpris nu au sortir de la salle de bains, s’est avéré irrésistible.
C’est la version Déclic, du dessinateur érotique Manara. Elle accepte avec enthousiasme une relation sexuelle avec le vieux beau qui a trente ans de plus qu’elle. Germe l’idée de raconter ensuite qu’il l’a violée, pour gagner de l’argent.
DSK est mauvais payeur
La femme de ménage aurait consenti à une relation, mais tarifée. La défense de DSK dément tout échange d’argent entre les deux protagonistes (la prostitution reste illégale à New York).
Mais des sources issues des services secrets français ont laissé entendre que l’étage noble (le 28e) du Sofitel de New York était une oasis de french way of life au milieu du puritanisme local. Et que les employées chargées des suites avaient la possibilité d’arrondir leurs fins de mois.
La jeune Guinéenne se serait présentée avec l’espoir de gagner quelques dizaines ou centaines de dollars (alors pourquoi attendre midi, l’heure du check-out?). DSK n’a ensuite pas voulu payer (c’est l’hypothèse récente du New York Post). Cela, soit parce qu’il n’était pas content du service sexuel, soit parce que c’est un grossier et malhonnête personnage.
Il est enfin possible que cette relation, consentie au départ, soit devenue ensuite trop violente au goût de la femme de ménage, qu’elle ait tenté d’y mettre fin. Une ancienne patronne d’agence d’escort girls a déclaré que ses filles ne voulaient plus rencontrer DSK à cause de tels comportements.
La femme ressort alors de la suite sans un dollar, secouée par ce qui vient d’arriver, ou très humiliée: l’accusation de tentative de viol en découle logiquement.
DSK s'est trompé
La femme de ménage aurait consenti à une relation, qu’elle supposait tarifée, mais sans l’expliciter au départ, DSK imaginant que cela faisait partie de la note d’hôtel. Une sorte, si l’on ose dire, de room service. De ce malentendu découle la suite, ramenant à l’hypothèse précédente.
DSK a été piégé
La femme de ménage est en mission (par les Russes, Sarkozy, Hollande?) afin de piéger DSK, de le faire tomber du FMI, de l’empêcher d’être président. Elle a une relation, se précipite raconter qu’il a voulu la violer. C’est l’inévitable théorie du complot, ressortie par les partisans de DSK. Elle ne résiste guère à l’analyse.
DSK est un violeur
La femme de ménage est surprise par la présence de DSK, nu, alors que l’heure du checkout est dépassée. Il se jette sur elle, tente de la pénétrer, l’oblige à une relation orale non consentie. C’est juste un viol.
Elle s’échappe, se réfugie (une minute, selon les cartes magnétiques) dans une suite voisine. Elle est sous le choc. Elle raconte ce qui s’est passé aux collègues, l’affaire débute.
Elle est une Africaine peu éduquée. Elle parle mal l’anglais. Elle a raconté autrefois des bobards aux services d’immigration. Pour s’en sortir, elle trempe dans des combines pas nettes avec des compatriotes guinéens. Elle discute avec l’un d’eux, taulard, du bénéfice possible à tirer de cette histoire.
Ces zones d’ombre réapparaissent, sa crédibilité est en miettes. Elle n’a jamais eu la moindre chance d’être crue, ou de gagner. Anne Sinclair emmène son mari goguenard s’empiffrer de pâtes aux truffes.
Tags: DSK,
|