L’un est actif au Palais, un de ses plus brillants éléments, mais n’a pas d’expérience d’exécutif. L’autre n’y est plus depuis sept ans, mais a passé par tous les échelons législatifs du pays et siège au gouvernement du plus grand canton romand. Si les parlementaires n’aiment pas élire un non-membre du sérail, ils redoutent l’inexpérience de la gestion concrète. Mais le double mandat «parlementaire à Berne – membre d’un exécutif» étant devenu impossible de fait ou de droit, il est difficile de remplir ces deux exigences.
Comment départager Alain Berset et Pierre-Yves Maillard? Le groupe socialiste et l’Assemblée fédérale ensuite n’auront pas la tâche facile. Un des meilleurs parlementaires du pays contre un des meilleurs conseillers d’Etat: ce duel programmé fera-t-il le jeu d’un des deux outsiders de valeur que le PS peut aussi afficher, Marina Carobbio ou Stéphane Rossini? Comme l’a résumé Christian Levrat, les socialistes ont un problème de luxe, qui contraste, il faut le souligner, avec l’embarras de l’UDC dans l’identification de perles rares gouvernementalocompatibles.
BERSET A 39 ANS, MAILLARD 43, C’EST JEUNE POUR DEVENIR CONSEILLER FÉDÉRAL.
L’affiche du 14 décembre est remarquable, mais elle laissera un des deux poids lourds du PS sur le carreau. Le contact avec le sol glacé de l’échec risque d’être brutal. Berset a calibré sa carrière pour arriver au Conseil fédéral, Maillard n’a jamais connu de revers personnel, il a au contraire remporté des victoires historiques comme le succès du référendum contre la libéralisation du marché de l’électricité (obtenu contre son conseiller fédéral Moritz Leuenberger).
Le drame sera au rendez-vous, mais il faut peut-être relativiser sa dimension dans la carrière de ces champions qui ont tous deux choisi la politique comme profession. Berset a 39 ans, Maillard 43, ce qui est jeune pour devenir conseiller fédéral. En cas d’échec, l’un comme l’autre pourra retenter sa chance dans huit ou dix ans. Berset aura eu le temps de devenir conseiller d’Etat (et d’acquérir cette expérience d’exécutif qui manque à son dossier), et Maillard de revenir à Berne comme conseiller aux Etats, en 2015 par exemple.
L’époque où un échec au Conseil fédéral anéantissait une carrière politique est révolue. Urs Schwaller est toujours debout, Christian Lüscher reste fringant et Karin Keller-Sutter réussit l’exploit d’être considérée comme la présidente virtuelle du Parti libéral-radical, consultée par tous, tout en ayant vigoureusement indiqué ne pas vouloir assumer la charge.
Et puis, une blessure d’orgueil trop ostensiblement étalée ferait injure à un PS qui a pour culte l’action collective.
Tags: Berne, Palais Fédéral, Berset, Maillard, Conseil Fédéral,
|