Le World Economic Forum passe aux yeux de certains pour un foyer du néolibéralisme. Aussi l’opinion de son président, Klaus Schwab, surprendra. En dépit de tous les clichés, il tire à vue sur les excès du capitalisme.
Pour lui, les protestations d’Occupy Wall Street, qui s’indigne des excès des banquiers, ne sont pas qu’un simple mouvement isolé, sans revendication sérieuse. Au contraire, elles reflètent une «frustration généralisée des citoyens». Sans nul doute, ce ras-le-bol anticapitaliste est en train de devenir «le nerf de notre époque», et il appelle ainsi à réaliser une véritable introspection pour comprendre pourquoi le système capitaliste dans sa forme actuelle n’est plus adapté au monde d’aujourd’hui.
Déjà en 2009, l’économiste ouvrait les yeux, et se demandait lors du discours d’ouverture de son forum: «Comment en sommes-nous arrivés à prendre des décisions qui, par avidité ou incompétence, ont réussi à déjouer tous les mécanismes de contrôle?» Il rappelait alors que ces décisions catastrophiques avaient, en plus d’avoir perturbé l’économie mondiale, anéanti le citoyen lambda. «Les personnes touchées sont assommées, confuses, anxieuses et enragées», disait-il.
Trois ans après, il dresse un triste constat: nous n’avons toujours pas «saisi la leçon». Klaus Schwab sort alors les cartouches. Première attaque: les dérives de la spéculation. Le ratio entre utilisation de l’argent virtuel et capital réel a «explosé toute proportion rationnelle et se trouve hors de contrôle». Et si les opérations financières sont nécessaires pour assurer une bonne gestion des risques, les transactions spéculatives n’ont rien d’utile.
Seconde cible: le système de rémunération des grandes entreprises. La soif extrême de bonus des managers, associée au souci de rentabilité des actionnaires, pervertit le système. Dans cette combinaison malsaine se trouverait la «racine de tout mal», qui mène à verser des salaires ahurissants et sape l’éthique des managers.
Dernière critique: le rôle secondaire du capital. Celui-ci ne tient plus de rôle décisif dans une économie globalisée comme la nôtre. Au contraire, le véritable avantage compétitif réside dans les performances intellectuelles et immatérielles des entreprises. Il écrit: «Un changement de monde a lieu, et l’importance de la quantité glisse vers la qualité.» Le facteur «talent» revêt alors bien plus d’importance que le capital: du capitalisme, nous passons au «talentalisme».
Les protestations actuelles peuvent ainsi devenir dangereuses si elles relancent une lutte des classes. Pour l’éviter, une seule solution: «Nous avons besoin d’impulsions qui pousseraient la société à la réflexion (...) et à faire des corrections.» De cette façon, nous réussirons à nous recentrer sur notre responsabilité et à justifier des salaires exorbitants au nom du talent.
Klaus Schwab s’interroge: pourquoi un professeur ou un chirurgien gagne-t-ils moins d’argent qu’un manager ou un chef d’une multinationale? La rémunération des employés doit être déterminée par les responsabilités et les performances, et non pas seulement par l’appât du gain.
Il termine en espèrant: «Nous devons retrouver le chemin d’une économie de marché en évitant les débordements du capitalisme, et dans laquelle l’autoresponsabilité et l’engagement social ne sont pas des mots vides.»
Klaus Schwab, NZZ Am Sonntag ADAPTATION CB
Tags: Capitalisme, Klaus Schwab,
|