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Durban II: fiasco planifié

Par Michel Beuret - Mis en ligne le 23.04.2009 à 06:00

Analyse. La Conférence de Genève aura été un jeu de dupes que tous les acteurs, pyromanes ou pompiers, ont consenti à jouer malgré un échec annoncé. Au-delà du chaos apparent, pourtant, cet acte manqué international est riche de sens.

Que s’est-il réellement joué à la Conférence de Genève contre le racisme? Lorsque la bataille est confuse, il faut parfois en sortir pour la contempler d’un surplomb. Derrière le bras de fer Iran-Israël et les provocations négationnistes, au-delà des maquis d’ONG et des lobbies pour torpiller Durban II, la Conférence a révélé ce qui apparaît toujours plus clairement sur la scène internationale: l’émergence d’un Sud qui s’affirme en comptant sur l’appui de nouvelles puissances non démocrates. Puissance mondiale comme la Chine, ou régionale comme l’Iran.
Le président iranien Mahmoud Ahmadinejad, en campagne dans son pays pour une réélection non assurée en juin, a pensé marquer des points en se faisant le héraut d’un discours qui fait consensus dans la rue arabo-musulmane: «Assez du deux poids, deux mesures!» De ces démocraties qui dictent le bien et le mal, qui gratifient ou sanctionnent tout en s’octroyant l’immunité.
L’exemple le plus emblématique de ce discours, une fois de plus, est le conflit israélo-palestinien. Un thème fédérateur où Israël est présenté comme l’Etat colonial créé et appuyé par l’Occident, tandis que le peuple palestinien est la victime expiatoire d’une mauvaise conscience collective.
Dans la société des nations, les pays du Sud, très majoritaires à l’ONU, contestent toujours plus le pouvoir du Nord au nom d’une vision «numérique» de la démocratie et revendiquent le droit de dire leur mot. Mais ce tiers-monde, par analogie à la locution révolutionnaire de tiers état, loin d’être démocratique, est emmenée par des despotes qui n’ont nulle intention de progresser sur les droits de l’homme, ni de transiger sur leur vision du monde.
Double objectif. En venant à Genève, en faisant le vide autour de lui, Ahmadinejad a atteint ce double objectif: s’offrir une tribune personnelle unique et, sous l’œil, des caméras provoquer l’évidence: 23 pays européens quittant la salle, après le boycott des Etats-Unis, de l’Allemagne, de l’Italie, du Canada et d’Israël. De quoi conclure au Sud: c’est le Nord qui ne veut pas dialoguer.
Si Barack Obama était venu à Genève, nul doute que sa figure eût évincé le nain de Téhéran. Le président américain aurait ainsi suivi ses promesses d’ouverture au monde musulman. Mais ce faisant, il fâchait l’électorat juif américain, une partie de son entourage et surtout Israël, créant une situation préjudiciable pour le dialogue au Proche-Orient.
Obama a donc renoncé, envoyant ce double message. Aux yeux des Israéliens, qui ont élu le gouvernement le plus à droite de leur histoire et avec qui il faudra négocier ferme un jour, il se montre au-dessus de tout soupçon. Aux Iraniens, à qui il a déjà tendu la main, il suggère d’élire un président fréquentable.
Dans l’intervalle, à charge pour la Suisse de poursuivre son travail discret (et ingrat) de médiateur entre l’Iran et les USA. Il y a fort à parier que Berne a reçu quelques demandes de Washington en ce sens. Cela explique en partie pourquoi Hans-Rudolf Merz a rencontré Ahmadinejad. Mais pas seulement. «Comme pays hôte de l’ONU et parce qu’elle doit respecter certaines règles de savoir-vivre international, la Suisse n’a pas pu refuser la demande du président iranien de rencontrer son homologue suisse», explique Philippe Lévy, ex-ambassadeur suisse et membre de la Communauté israélite de Berne. En ce sens, la Suisse n’a guère eu le choix et savoir si elle a bien agi ou non, n’a plus grand sens. «La Suisse a fait ce qu’il fallait», résume Philippe Lévy, qui se montre bien plus critique envers Tel-Aviv après le rappel de son ambassadeur. «La Suisse entretient des relations normales avec Israël et l’avait pourtant prévenu de cette rencontre!» Mais pour que le fiasco fût complet, peut-être fallait-il cela.

Durban I: dérapages à l’ONU

La Conférence mondiale contre le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et l’intolérance s’était tenue à Durban (Afrique du Sud) du 31 août au 7 septembre 2001. Dans le contexte de la répression en Palestine, le Forum des ONG fut en partie noyauté par des groupes anti-israéliens et antisémites. La déclaration finale, adoptée par 3000 ONG dans un climat de chaos, accusait Israël d’apartheid, de crimes racistes, de génocide et de nettoyage ethnique. Face à la tentative de pays arabo-musulmans d’introduire une dénonciation d’Israël de cette veine dans la déclaration, Israéliens et Américains quittèrent la conférence. Malgré tout, la déclaration finale fut assez équilibrée.





Tags: Durban II, Genève, Mahmoud Ahmadinejad,

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Réaction de LA REALITÉ
le 24.04.2009 à 03:36
Ce que nous avons vu hier au Forum antiraciste de...
 



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