L'Hebdo;
2008-05-22 Éminences grises et espoirs
Déjà sous les feux de la rampe ou encore en coulisse, ils incarnent l’avenir de la région. L’Hebdo parie qu’ils gagneront en influence et en visibilité.
Chantal Balet, Raymond Loretan, Edgar Fasel
Trio intrigant
C’est le trio le plus intrigant du moment. Un consultant en communication parmi les plus expérimentés du pays, un ex-diplomate talentueux (devenu également président du groupe AGEN) et la lobbyiste la plus médiatique de toute la Suisse romande. Trois carnets d’adresses qui se superposent pour offrir des activités de conseil à l’enseigne du cabinet FBL, installé à Pully, à quelques mètres des quais d’Ouchy.
On peine à croire que ces talents se sont réunis par hasard. Le trio plaide l’enchaînement des circonstances. Edgar Fasel et Raymond Loretan sont amis depuis qu’ils se sont fréquentés au sein du PDC. Le premier a proposé au second – qui, à l’aube de la cinquantaine, voulait se lancer un nouveau défi et retrouver sa «liberté de parole» – de le rejoindre. L’ex-diplomate a, à son tour, suggéré à Chantal Balet, elle aussi à la recherche d’un second souffle professionnel, de venir compléter l’équipe.Annoncée en 2007, cette union n’est effectivement entrée en vigueur que ce printemps. Edgar Fasel initie ses deux nouveaux associés aux joies administratives qu’implique le statut d’indépendant. Chacun aura ses mandats, mais tous les clients bénéficieront indirectement du «cerveau collectif».Le trio apprend donc à fonctionner; outre le conseil et l’analyse «classiques», il adorerait être sollicité pour concevoir de subtiles campagnes d’information proactives plutôt que d’être appelé comme «pompier» quand tout va mal. Il s’occuperait volontiers, par exemple, de réconcilier les Suisses avec leur place financière. Mais l’alchimie ne s’arrête pas là. Ils l’avouent avec la candeur des gens d’expérience qui n’ont jamais cessé d’être des idéalistes, ces trois-là rêvent de «refaire le monde», plus précisément la Suisse. En remodelant le paysage politique peut-être? Raymond Loretan avait lancé cette idée il y a dix ans déjà. Ils n’en diront pas plus, mais affichent un large sourire de connivence.v
Chantal Tauxe
55 ans, Chantal Balet, consultante. 53 ans, Raymond Loretan, consultant, président d’AGEN. 67 ans, Edgar Fasel, consultant.
Virginie Carniel
Pour changer les mentalités
Virginie Carniel n’a pas froid aux yeux et ne perd jamais son sang-froid. Il fallait au moins cela pour reprendre, en avril 2007, les rênes du DEN, structure responsable de la promotion économique du canton de Neuchâtel.
Une année après son entrée en fonction, la jeune femme n’a rien perdu de son enthousiasme, malgré les bouleversements engendrés par la réforme de la péréquation financière et de la répartition des tâches entre la Confédération et les cantons (RPT) pour sa région. Malgré, aussi, un quotidien régulièrement plombé par des mentalités ancrées dans le passé ou des querelles de clocher. L’aventurière (c’est ainsi qu’elle se décrit) y croit: «On est parfois trop humble, trop protestant. Pourtant Neuchâtel dispose d’un immense potentiel, notamment dans les nouvelles technologies.» Avec la passion que ne ferait-on pas… «J’adore les défis, le mélange des cultures, proches et lointaines. Ici, chaque jour est une nouvelle aventure. Je suis un peu un superconnecteur.» Un rôle dans lequel Virginie Carniel, titulaire d’une licence en économie et d’un master en statistiques, se sent à l’aise: «Je pense être capable de comprendre un grand nombre d’acteurs de l’économie. J’ai travaillé dans des PME et des multinationales, en Suisse et à l’étranger. J’ai aussi fondé ma propre entreprise, connu les difficultés de la faillite.» Dans sa nouvelle fonction, Virginie Carniel ajoute une corde à son arc en apprenant à dompter le monde politique. Une gageure qu’elle relève avec le calme d’une ceinture noire de karaté, art qu’elle exerce le week-end avec son professeur de mari.vPatrick Oberli
39 ans, directrice du DEN (Développement économique du canton de Neuchâtel).
Hélène Calle-Lin
Terroir branché
Deux bars genevois (Le Comptoir et Le Lola), le festival de musique électronique Overground et la boutique de vêtements pour enfants Mimito font partie des aventures entrepreneuriales d’Hélène Calle-Lin. Mais cette Américano-Chinoise de 39 ans ne s’est pas arrêtée en si bon chemin. En novembre, elle a ouvert le bar Lötschberg à Berne. Ce haut lieu de la branchitude fédérale a pour but de défendre les produits du terroir. Ouvert en partenariat avec l’Association suisse pour la promotion des AOC-IGP et les principaux encaveurs du pays, il se veut «une plateforme promotionnelle pour une vision moderne et moins poussiéreuse de la Suisse», note sa conceptrice. Raclette à base de fromage du val de Bagnes ou fondue moitié-moitié d’un petit producteur fribourgeois font partie des mets. Sans oublier les vins du pays «produits par une nouvelle génération de vignerons, qui allie innovation et tradition». Mais loin de s’en tenir aux clichés, Hélène Calle-Lin porte un regard ironique et amusé sur sa patrie d’adoption. «J’ai voulu faire un clin d’Å“il au design des années 50 et 60, celles de la naissance de la modernité en Suisse.» Pour cela, elle a fait appel à son expérience d’expatriée: «Je vois de la cohérence là où les Suisses n’en perçoivent pas.» Et de se souvenir d’une visite dans le chalet d’un ami: «J’ai été fascinée par les rideaux à carreaux rouge et blanc et le carrelage bleu bébé!» Une esthétique qu’elle a reproduite au Lötschberg, conférant au lieu un charme légèrement suranné. Elle pense déjà à la suite. «Je vais ouvrir d’autres bars à Zurich, Genève et Bâle.»vJulie Zaugg
39 ans, entrepreneur à Genève et à Berne.
Loly Bolay
Le miroir d’une binationale
Elle navigue entre la Galice et Genève, où elle a débarqué à 17 ans avec sa famille qui fuyait le franquisme. «Que j’aille dans un sens ou dans l’autre, je rentre toujours chez moi.» Au bout du Léman, Dolorès Cruz est devenue Loly Bolay. Et binationale, en parfaite symétrie. A tel point que son accession à la présidence du Grand Conseil genevois a fait des titres dans la presse espagnole. Alors évidemment, elle compare. Dans son pays d’origine, les mutations s’opèrent à toute vitesse. Les écologistes n’y percent pas parce que les gouvernements successifs, à commencer par celui du socialiste Zapatero, ont assimilé les nécessités écologiques. Avec des milliards d’euros à la clé, «comme par exemple pour un programme national d’isolation des maisons». Les Espagnols, qui aiment vivre en ville, ont aussi une vision bien plus moderne de l’urbanisme. Idem pour le réseau des TGV, inexistant il y a quelques années, qui lie déjà les régions du pays, et les branche sur l’Europe. «La Suisse n’est plus le pays idéal et dynamique que j’ai connu», met en garde la socialiste. Cela dit, lorsque Loly Bolay est en Espagne, elle aiguillonne aussi ses autres concitoyens en relevant les qualités du savoir-faire suisse dont ils pourraient s’inspirer.vDaniel Audétat
57 ans, présidente du Grand Conseil genevois, restauratrice.
Olivier Ray
Le meilleur de nous-mêmes
ALAIN CHOLLETVIGNERON
Sa barbe blanche capte les rayons du soleil mais elle ne peut ni cacher son sourire, ni effacer l’éclair malicieux de ses yeux. Solide cinquantenaire, Olivier Ray ne se compte pas parmi les génies artistiques, politiques ou économiques de notre pays. Simple homme parmi les hommes, il se distingue pourtant par sa disponibilité et sa générosité envers ses semblables.
Sa personnalité lumineuse et attachante, son parcours de vie, l’ont conduit à la présidence de l’ARFEC (Association romande des familles d’enfants atteints d’un cancer). Par son engagement bénévole et efficace, Olivier répond, avec tous ceux qui l’accompagnent, aux besoins concrets des trop nombreuses familles qui nous entourent, touchées dans ce qu’elles ont de plus précieux et de plus cher.
Rendons ici hommage, au travers de cet exemple, à toutes celles et ceux qui par leurs actes de solidarité nous apportent une preuve de notre humanité.
Compagnon auprès des enfants qui souffrent, là, tout près de nous et de leurs familles, Olivier Ray représente, dans cet éminent collège des 100, le meilleur de nous-mêmes.v
58 ans, président de l’ARFEC.
Maximilian Büsser
L’art du collectif
Lorsqu’on lui demande pourquoi, en 2005, à 38 ans, alors patron de Harry Winston Timespieces, dont il avait multiplié le chiffre d’affaires par dix environ en moins de sept ans, il a tout quitté pour se lancer dans l’aventure de créer sa propre marque, Max(imilian) Büsser répond: «J’ai trop longtemps cherché à vouloir plaire. Désormais je veux être fidèle à mes rêves…» Il faut dire que ce diplômé de l’EPFL et ancien de chez Jaeger-LeCoultre aime les paradoxes, et les défis. «Je suis moitié Indien, moitié Suisse; moitié créatif, moitié ingénieur; moitié artiste, moitié entrepreneur; moitié idées, moitié produits. Ces oppositions créent des tensions, mais elles sont aussi ma force.»
A contre-courant d’une horlogerie qui laisse généralement les designers, concepteurs et artisans dans l’ombre, Max Büsser lance donc MB & Friends. «Dans ce mot friends, il y a la volonté de réunir les meilleurs dans leur branche pour travailler ensemble à la création et au lancement, chaque année, d’un nouveau modèle fou, différent et exceptionnel.» Jouer le réseau et communiquer sur le collectif: c’est le cÅ“ur même de sa stratégie. Payante. Autofinancée, MB & F devrait passer dans les chiffres noirs cette année.v
Didier Pradervand
41 ans, patron et fondateur de MB &F.
Grégoire Evéquoz
Bienfaiteur des apprentis
Il refuse de s’en attribuer tout le mérite, mais c’est bien sous la direction de Grégoire Evéquoz que l’Office genevois d’orientation et de formation professionnelle a pu se targuer en 2007 d’avoir atteint «le meilleur niveau de placement d’apprentis en dix ans, avec 1932 contrats conclus, soit 10% de plus qu’en 2006». L’embellie dure depuis trois ans. La recette de ce succès? Une politique originale de la formation professionnelle. Comme la Cité des métiers qui met en lien les patrons et les jeunes en quête d’apprentissage, ou le chèque formation (750 francs par an) accordé aux personnes souhaitant compléter leur savoir. Grégoire Evéquoz s’est employé à convaincre différentes entreprises d’un secteur de se partager un même apprenti. «Nous avions remarqué que certaines firmes, trop spécialisées ou petites, n’avaient pas les moyens de fournir une formation complète à un jeune», raconte ce psychologue de formation. «Réussir+» vise à diminuer le taux d’échec des apprentis (20% ratent les examens de fin de formation) en introduisant des mesures au moment de la signature du contrat (appui pédagogique, soutien psychologique).
Les adultes bénéficient d’un Centre de bilan pour faire le point sur leur carrière et d’un programme de validation des acquis. Des initiatives diverses mais cohérentes aux yeux de Grégoire Evéquoz: «Le fil rouge de ma carrière consiste à chercher les clefs qui permettent aux gens de mobiliser au mieux leurs ressources.»vJulie Zaugg
53 ans, directeur de l’Office genevois d’orientation et de formation professionnelle.
Sophie Mottu
La battante qui résiste à Zurich
La jeune directrice du Concours hippique international de Genève rayonne autant que sa manifestation dans le monde sportif helvétique. Sophie Mottu aime le monde équestre, et celui-ci le lui rend bien. Depuis qu’elle a succédé à Pierre E. Genecand en 2003, le succès semble lui coller à la peau. Un compliment qu’elle partage immédiatement: «J’ai la chance d’être entourée par une équipe extraordinaire. Le travail réalisé est formidable. L’objectif est de pérenniser financièrement l’épreuve.» Avec un budget annuel de 3,6 millions de francs, 700 bénévoles à gérer et un public acquis mais exigeant, pas question de ronronner. Ce n’est pas le genre de la maison: «Il faut sans cesse se battre, trouver de nouvelles idées, de nouveaux partenaires…» Et résister à la concurrence, comme celle du concours de Zurich, qui rêve de prendre le leadership. «Genève est la seule étape helvétique de Coupe du monde. Parmi tous les désavantages d’être en Suisse romande, et notamment le fait que les grands groupes ont souvent leur siège à Zurich, ce label est notre petit atout. Espérons qu’il ne disparaisse pas.» Pour garder une longueur d’avance, Sophie Mottu et son équipe ont un rêve: organiser la finale de la Coupe du monde 2010. Pour celle qui a grandi dans les cours de manège, a forgé sa passion avec la génération de Philippe Guerdat et Pierre Durand, ce serait un aboutissement: «Lors d’une finale, tout est plus imposant: il y a les meilleurs cavaliers des cinq continents, le budget est doublé, l’impact médiatique mondial. Mais Den Bosch (Hollande) et Lyon le savent aussi.» Un défi qui vaut bien quelques nouvelles années de mélange de vie privée et professionnelle: «Je m’identifie tellement à l’événement qu’il devient difficile de faire la part des choses.» Mais, quand on aime, on ne compte pas. C’est peut-être ce que se dit son compagnon.vPatrick Oberli
33 ans, directrice du CSI-W Genève.
Damien Cottier
Le gendre idéal du Parti radical
Trente-trois ans et onze ans au Grand Conseil neuchâtelois, Damien Cottier, le nouveau responsable pour la Suisse romande au secrétariat général du Parti radical est tombé dedans quand il était petit. En gendre idéal, il est passé par presque toutes les boutiques qui forment traditionnellement les élites radicales: une année de stage au Consulat général de New York, trois ans à l’antenne genevoise d’economiesuisse sans oublier, avant de franchir les frontières cantonales et internationales, quatre années à la Chambre immobilière neuchâteloise. Une grande entreprise lui offrait Londres sur un plateau. Mais le virus de la politique a eu raison de Damien Cottier: ce sera Berne, les campagnes de votation et la lutte pour la survie du PRD.
Excellent communicateur, fin analyste, doué d’un sens inné de la politique, Damien Cottier sera notamment chargé de seconder la future vice-présidente romande du parti Isabelle Moret. Il devra aussi aider les sections cantonales pour les futures campagnes électorales.vTitus Plattner
33 ans, secrétaire romand du Parti radical.
Anne Seydoux-Christe
Discrète avocate de la formation
Anne Seydoux-Christe avait 16 ans en 1974, lorsque le Jura a voté pour la création d’un nouveau canton, dont son père a d’ailleurs été membre de la Constituante. C’est dire que cette mère de trois enfants de 21, 19 et 17 ans a très vite baigné dans la politique. Pourtant, elle s’est d’abord engagée pour la société civile avant de réussir une spectaculaire ascension politique. En moins de sept ans, elle passe du Conseil de ville de Delémont au Conseil des Etats à Berne.
Elle n’y a pas encore pris la parole, mais compte bien se battre pour les crédits en matière de recherche et de formation. En attendant, comment voit-elle l’avenir de son canton? «Je suis pour un Jura réunifié, mais à long terme, il faudra bien réfléchir au-delà de ces frontières-là et songer à une région de l’arc jurassien.»vMichel Guillaume
50 ans, conseillère aux Etats du canton du Jura.
Olivier Feller
Une énergie sous-employée
Olivier Feller a beau faire, on lui trouve trop de qualités pour ne pas avoir peur de lui. Il y a quelques années encore, on le disait trop jeune, aujourd’hui, à force d’avoir attendu son heure, il l’est un peu moins, mais il est toujours trop à droite, selon ses détracteurs, il a l’esprit trop rapide, la langue trop bien pendue, et des idées en surplus. Un programme électoral à elles toutes seules, qui font de ce virtuose de la politique, et accessoirement du piano, un Vaudois égaré parmi les siens et un radical suspect d’avoir fait sa génuflexion devant l’autel du libéralisme absolu. Bien sûr, rien n’est plus faux, mais il y a des réputations qui vous collent à la semelle comme un chewing-gum. Celle d’Olivier Feller l’a empêché de se faire élire au Conseil national et de proposer sa candidature à la présidence du parti cantonal. Une force inemployée pour cause de méfiance injustifiée.vPierre-André Stauffer
34 ans, directeur de la Chambre vaudoise immobilière, secrétaire général de la Fédération romande immobilière, député au Grand Conseil.
Lise Delaloye
La radicale qui s’impose
Femme et radicale, la présidente d’Ardon, Lise Delaloye, est une nouvelle venue dans le paysage politique valaisan et démontre une certaine indépendance d’esprit. Ainsi, contre l’avis de son parti, elle a défendu l’initiative de Franz Weber pour soulager les oreilles des Valaisans abasourdis par les avions de combat. Certes, il n’est jamais bien vu dans un parti de s’afficher contre les mots d’ordre. Mais elle n’en a cure. Présidente depuis janvier 2005, Lise Delaloye a réussi à imposer sa personnalité dans un conseil à majorité démocrate-chrétienne. Mais ce n’est sans doute pas la moindre de ses qualités. Elle est impliquée dans l’économie en travaillant pour l’entreprise familiale AgroDiffusion SA et en étant cheffe de vente pour la société Cold Drink pour la Suisse romande. Son bagage universitaire est également surprenant et marqué pour les langues et les cultures: l’espagnol, le russe et la linguistique étudiés à l’Université de Lausanne. Ses activités sont multiples: présidente du Centre médicosocial de la région, présidente du Tennis Club d’Ardon et présidente du Lions Club mixte de Sion-Valesia. Lors des dernières élections au Conseil national, elle est arrivée deuxième derrière Jean-René Germanier. On lui prédit un poste au Conseil d’Etat. Le fauteuil de la première femme tant attendue.vÉric Felley
36 ans, présidente d’Ardon.
Maria-Grazia Paparone
Créatrice équitable
L’idée du Viêt Nam lui est venue dans un songe. Maria-Grazia Paparone, 33 ans, s’apprêtait à lancer une ligne de sacs produits selon les règles du commerce équitable. Ne lui manquait que le lieu. Début 2006, elle s’embarque donc pour l’Asie, son expérience en communication d’entreprise en poche. Grâce à un contact sur place, elle met sur pied à Hanoi un atelier artisanal avec 35 ouvriers. La production débute quelques mois plus tard. Les besaces en fibres naturelles sont ornés de petites phrases philosophico-poétiques rédigées par la jeune femme. «Il s’agit d’une philosophie de vie, qui s’exprime à travers le nom choisi pour mon entreprise, Loup-Chocolat, qui signifie manger et se faire manger. Tout au long de notre vie, nous nous déplaçons sur un axe entre ces deux extrêmes.» Une vision du monde que Maria-Grazia Paparone veut «faire voyager» à travers ses créations. Il y a les sacs, bien sûr, mais aussi des nouvelles publiées sur son site internet et les «Friends» de Loup-Chocolat, un réseau social destiné aux personnes qui adhèrent à sa philosophie. Autre particularité du concept, elle écoule ses produits, dans un premier temps, sans passer par un canal de distribution classique. «Je les vends dans les bars ou les manifestations comme le salon du livre ou le festival de Locarno pour pouvoir approcher le public et raconter mon histoire.»vJulie Zaugg
33 ans, créatrice de Loup-Chocolat.
Véronique Goy Veenhuys
A travail égal, salaire égal
ANNE KÜNG GUGLERRESPONSABLE DU DOSSIER «CONCILIER TRAVAIL ET FAMILLE», SECRETARIAT D’ÉTAT A L’ECONOMIE (SECO)
Selon la Constitution fédérale et la loi fédérale sur l’égalité entre femmes et hommes, les personnes des deux sexes doivent recevoir une rémunération égale pour un travail équivalent. Pourtant, en Suisse, les femmes gagnent en moyenne 20% de moins que les hommes et environ 40% de ces écarts sont dus à des comportements discriminatoires. L’inégalité salariale n’est pas qu’une injustice, elle est aussi un problème économique, car elle entraîne une utilisation suboptimale du capital humain des femmes.
Partant de ce constat, Véronique Goy Veenhuys propose une mesure positive, un instrument pratique, fiable et reconnu des entreprises. La certification equal-salary permet à l’entreprise de créer un environnement économique équitable pour les collaborateurs et les collaboratrices tout en apportant une plus-value à la direction et aux responsables des ressources humaines. Equal-salary améliore la motivation du personnel et les fidélise et elle permet d’attirer les talents féminins. Ce projet est développé en collaboration avec l’Observatoire universitaire de l’emploi de l’Université de Genève et avec le soutien financier du Bureau fédéral de l’égalité entre femmes et hommes.
Forte de sa formation universitaire en économie et de ses quinze ans d’expérience dans la communication et l’entrepreneuriat, Véronique Goy Veenhuys a, de par ses compétences, sa capacité à convaincre et son enthousiasme, permis à equal-salary de franchir les premières étapes de sa concrétisation. Ce label entame aujourd’hui la phase de test à plus grande échelle dans six entreprises et institutions de taille et de genre différents, dont le CICR et la Ville de Fribourg.v 52 ans, initiatrice et directrice de « equal-salary », certification d’égalité salariale entre femmes et hommes (www.equal-salary.ch).
Corinne Clavien-Défayes
L’excellence Å“nologique
C’est une double première. L’Etat du Valais a créé cette année le poste d’Å“nologue cantonal et il a nommé une femme. Ce n’est peut-être pas une surprise, car depuis plusieurs années, les femmes sont montées en puissance dans le monde du vin valaisan, jadis réservé aux hommes. Corinne Clavien-Défayes est tombée dans le monde de la vigne depuis toute petite. Avec des noms qui fleurent bon la rive droite du Pont-de-la-Morge à Leytron. Père vigneron, mari vigneron, oncle vigneron, tous encaveurs. Mais quel est le rôle au juste d’Å“nologue cantonal? N’y a-t-il pas déjà assez d’Å“nologues dans le privé? Son rôle sera de conseiller la politique vinicole du canton, notamment pour renforcer la mise en valeur et la qualité des vins AOC Valais. Elle développera également son rôle d’ambassadrice à l’extérieur. Elle est déjà membre de l’Académie internationale du vin et représente le canton dans les concours d’Å“nologie en Suisse et à l’étranger à Paris, en Espagne ou en Allemagne.vEric Felley
51 ans, œnologue du canton du Valais.
Steve Guerdat
Un type heureux qui rêve de JO
Comme souvent les Jurassiens, Steve Guerdat n’aime pas les projecteurs. Pourtant, son appartenance à l’élite des cavaliers suisses le contraint à la lumière. «Bien sûr, cela fait plaisir que les gens s’intéressent à moi, mais ce n’est pas ce qui me fait avancer. D’autant que beaucoup de bêtises circulent sur la place publique.» L’essentiel est ailleurs, sur la piste: «J’aime monter et, comme tous les sportifs, j’ai de l’ambition.» Point. Pas de fanfaronnade. La détermination du champion est silencieuse. Pour 2008, elle pointe les Jeux olympiques chinois. Jamais toutefois, le cavalier n’oublie qu’il ne maîtrise pas tous les éléments: «Nous sommes dépendants de nos chevaux. Leurs réactions imprévisibles font la beauté de ce sport.» Après une longue éclipse, Steve Guerdat, installé à Zurich, est revenu sur le devant de la scène avec le soutien complice d’Yves Piaget, mécène et passionné: «Il est propriétaire de mes chevaux. Professionnelle, notre relation devient par moment presque familiale.»
Pour défendre ses chances, le cavalier peut compter sur quatre montures: Cador, Trésor, Ferrari et, surtout, Jalisca, avec laquelle le champion admet une relation toute particulière. «C’est la préférée de l’écurie. Car elle nous a menés au sommet. Avant que, quelques mois plus tard, on ne risque de la perdre en raison de coliques.» La vibration de sa voix trahit l’angoisse passée. Preuve discrète que la complicité entre un cavalier et son cheval est bien plus importante que les lauriers.vPATRICK OBERLI
40 ans, cofondateur et directeur de l’«EPFL+ECAL LAB».
Nicolas Henchoz
Le mariage de l’ingénierie et du design
Qu’y a-t-il en commun entre un ingénieur concevant de nouveaux matériaux et un designer créant des objets fonctionnels et esthétiques? Ils partagent de nombreux intérêts et tirent profit à travailler de concert. Le premier peut ainsi «donner un sens à ses innovations et leur trouver de nouvelles applications»; le second y gagne «un accès à des nouveaux matériaux et de nouvelles technologies», souligne Nicolas Henchoz. Et c’est pour rapprocher ces «deux cultures différentes que sont l’ingénierie et le design et les aider à trouver un langage commun», qu’il a cofondé, en octobre dernier, l’EPFL+ECAL LAB.
Un retour au source en quelque sorte pour cet homme qui voulait faire des études d’architecture, avant d’y renoncer – «il y avait beaucoup trop de monde» – pour s’inscrire à l’EPFL dans la section des matériaux. Son diplôme en poche, Nicolas Henchoz se lance toutefois dans la communication – journaliste scientifique et présentateur du téléjournal de la TSR, il créé une société dans ce domaine avant d’exercer ses talents auprès du président de l’EPFL. Dans ces diverses activités, il a «toujours cultivé des contacts dans les domaines du design et de l’architecture» qu’il retrouve donc aujourd’hui. Et, bien que l’intéressé trouve le sujet «inapproprié» (L’Hebdo du 7 février 2008), son nom circule déjà parmi les successeurs éventuels de Pierre Keller à la tête de l’ECAL.vElisabeth Gordon
40 ans, cofondateur et directeur de l’«EPFL+ECAL LAB».
Steve Guerdat
Un type heureux qui rêve de JO
Comme souvent les Jurassiens, Steve Guerdat n’aime pas les projecteurs. Pourtant, son appartenance à l’élite des cavaliers suisses le contraint à la lumière. «Bien sûr, cela fait plaisir que les gens s’intéressent à moi, mais ce n’est pas ce qui me fait avancer. D’autant que beaucoup de bêtises circulent sur la place publique.» L’essentiel est ailleurs, sur la piste: «J’aime monter et, comme tous les sportifs, j’ai de l’ambition.» Point. Pas de fanfaronnade. La détermination du champion est silencieuse. Pour 2008, elle pointe les Jeux olympiques chinois. Jamais toutefois, le cavalier n’oublie qu’il ne maîtrise pas tous les éléments: «Nous sommes dépendants de nos chevaux. Leurs réactions imprévisibles font la beauté de ce sport.» Après une longue éclipse, Steve Guerdat, installé à Zurich, est revenu sur le devant de la scène avec le soutien complice d’Yves Piaget, mécène et passionné: «Il est propriétaire de mes chevaux. Professionnelle, notre relation devient par moment presque familiale.»
Pour défendre ses chances, le cavalier peut compter sur quatre montures: Cador, Trésor, Ferrari et, surtout, Jalisca, avec laquelle le champion admet une relation toute particulière. «C’est la préférée de l’écurie. Car elle nous a menés au sommet. Avant que, quelques mois plus tard, on ne risque de la perdre en raison de coliques.» La vibration de sa voix trahit l’angoisse passée. Preuve discrète que la complicité entre un cavalier et son cheval est bien plus importante que les lauriers.vPATRICK OBERLI
26 ans, cavalier, membre de l’équipe nationale.
Victoria Marchand
L’énergie au service de la publicité romande
MICHAEL KAMMDIRECTEUR ET PROPRIETAIRE DE L’AGENCE DE PUBLICITE TRIO
Prosecco, fingerfood et musique lounge rythment la soirée au Maag Areal de Zurich et on m’aborde. Avec cet accent indescriptible: «Ssa wa pien la püblicitä romant, Gäll! Wouäi, ces Welsches, touchours kool ä kräatiff!» Quelques années plus tôt, alors que je venais de reprendre l’Agence Trio, Victoria Marchand prend contact avec moi et me fixe un rendez-vous à propos de com.in, le magazine de la publicité en Suisse romande. Je me rappelle que mes prédécesseurs appelaient ce mensuel «La mêlée», allusion à une feuille de chou à la sauce fade accompagnant un menu du jour «La publicité romande» sans intérêt aucun. Des rumeurs d’un élan nouveau à la tête du com.in allaient bon train, et la poignée de main énergique de Victoria écartait tout doute encore possible. Suivit un engagement sans faille pour promouvoir cette créativité romande qui avait besoin du plan d’action de Victoria. Nouvelle rédaction, nouvelle équipe et nouvelle mise en pages pour le magazine et, parallèlement, la mise en place d’une plateforme de communication professionnelle, grand prix de la Création romande avec Olivier Girard. Chapeau Victoria! Des paroles aux actes, tu y as mis toute ta compétence et ton énergie, et c’est elle qui pétille encore au fond de tes yeux à chacune de nos rencontres. J’aimerais te faire part de ma reconnaissance, parler aussi au nom de mes pairs de la communication et je lève mon verre de prosecco et te dis: «Merci, Dankä, Victoria.» Ta vision me permet de voir plus loin encore…v
Rédactrice en chef de com.In.
Frédéric Bründler
Le Mozart des transports
Dès l’enfance, il s’est consacré à transposer ses rêves en réalité. A 6 ans, avec son vélo et une remorque, il dirige un miniréseau de minibus pour transporter ses copains désÅ“uvrés du quartier des Faverges. A 8 ans, dans ce quasi-ghetto à l’est de Lausanne, il joue au reporter radio pour mener ses enquêtes sociales. A 13 ans, il s’inscrit au PS et s’initie aux travaux du Parlement communal depuis la galerie du public. Aujourd’hui, il a 23 ans. Grâce à lui, Les Faverges sont le quinzième quartier de la ville à s’être doté d’un «centre de rencontres et d’animation». Animateur, il l’a aussi été à l’antenne, jusqu’en 2006 sur Rhône FM, auparavant à One FM et Lausanne FM, où il a appris le métier de la radio, alors qu’il était encore au gymnase. Et ses conceptions pour le développement des transports publics sont reprises par le Parti socialiste lausannois. Dans le domaine, les meilleurs experts le surnomment «notre jeune Mozart». Le prodige garde les pieds sur terre. Pour concrétiser un rêve, le voici conducteur de bus. Le plus jeune des Transports lausannois. Avant de passer à d’autres rêves…vDaniel Audétat
23 ans, conducteur de bus, expert en transports.
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