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Ecole privée ou publique? Le Casse-tête du libre choix

Par Tasha Rumley - Mis en ligne le 12.06.2008 à 00:00

Education. La concurrence entre écoles n’est plus un tabou. Entre risque de ségrégation sociale et possibilité d’améliorer l’enseignement, faites votre choix.

Les enfants sont tous différents. Comment se contenteraient-ils d’une école unique? C’est en substance la question que pose le Lobby parents avec son initiative «Oui à la diversité et au choix de l’école pour tous». En demandant que chacun puisse choisir librement un établissement, public ou privé, l’association bouleverse les fondements de l’éducation en Suisse. Exit l’enclassement par zones géographiques et le privilège des plus fortunés à accéder aux écoles privées. L’Etat devrait financer toutes les maisons du savoir qui le souhaiteraient, selon leur nombre d’élèves – de 11000 à 15000 francs par élève. En contre-partie, les établissements privés devraient accepter tous les enfants, renoncer aux écolages supplémentaires et être accrédités par l’Etat. Celui-ci pourrait refuser ses deniers aux écoles exclusives ou extrémistes, sur le plan religieux notamment. Quant aux instituts élitistes qui ne se contenteraient pas de cette somme, ils resteraient totalement privés.

Si la perspective séduit les parents, elle connaît également du succès auprès des politiques. Des élus de droite surtout ont rejoint les rangs du Lobby, notamment le conseiller national radical Filippo Leutenegger. A gauche, c’est l’engagement de la socialiste Chantal Galladé qui a été remarqué.
L’initiative devrait être votée en automne sur ses terres natales de Bâle-Campagne. D’autres cantons suivront. Une dizaine se prépare à récolter les signatures, Vaud en tête pour la Suisse romande.

Les atouts. L’école publique convient à la plupart des enfants. Mais la plupart, ce n’est pas assez. Que faire de ceux qui souffrent de divers troubles, de la dyslexie aiguë aux hyperactifs, en passant par les surdoués? A l’heure où, dans le canton de Vaud, ces enfants sont retirés des classes spéciales pour rejoindre les classes normales (lire L’Hebdo du 29 novembre 2007), l’école privée apparaît comme une option intéressante. Pour autant que les parents puissent se l’offrir. Alain Moser, directeur de l’école éponyme, relève que ce sont souvent des enseignants du public qui lui envoient des élèves. «C’est incroyable qu’il n’y ait pas de réponse de l’Etat pour ces enfants avec des besoins particuliers», s’échauffe-t-il. Il estime que l’Etat devrait reconnaître la complémentarité entre public et privé et aider les parents.

En libéralisant l’éducation, le Lobby ne cache pas son envie de donner un coup de pied dans la fourmilière. Son analyse: la concurrence pousserait les enseignants à se surpasser avec, au final, une amélioration globale de la qualité. De plus, comme cela s’est vu dans d’autres pays (Pays-Bas, Finlande, Suède, Danemark...) qui pratiquent le libre choix financé par l’Etat, les établissements boudés seraient contraints de se profiler pour reconquérir les élèves. Ainsi, on pourrait voir émerger des projets d’établissements publics plus variés – sport-études, artistiques, bilingues.
Le libre choix pourrait également permettre de calmer l’affrontement entre parents et enseignants. «Si les parents choisissaient de plein gré l’école publique plutôt que de la subir, ils seraient beaucoup plus enclins à la soutenir», analyse Alain Moser.
Ultime argument, une étude de l’OCDE en 2007 sur le libre choix souligne que «le principal résultat est que, plutôt que de nuire aux élèves de milieux défavorisés, la responsabilité, l’autonomie et le choix semblent bénéficier à l’ensemble des élèves.»

Les opposants. La plus grande crainte des opposants: que le libre choix sonne le glas de la mixité sociale, fondement de l’école «républicaine» actuelle. Dans les pays du nord de l’Europe, les collèges à forte densité d’étrangers ont fait fuir les parents qui préfèrent envoyer leurs bambins dans des établissements BCBG. Cette perspective fait frémir les profs, globalement opposés à l’initiative. Président du Syndicat romand des enseignants, Georges Pasquier n’hésite pas à vouloir limiter les libertés individuelles au nom de la cohésion sociale: «Il faut contraindre les gens à la mixité. Mais, en contre-partie, les parents devraient être associés au bon fonctionnement des écoles.» L’enseignant rêve que la Suisse rattrape ses voisins en se dotant de conseils d’établissement.

Sur le fond, à savoir améliorer la qualité de l’enseignement en Suisse, les opposants sont d’accord. C’est sur les moyens d’y parvenir qu’ils divergent. Hugues Hiltpold, président du Parti radical genevois, table sur la multiplication de l’offre du public. Qui, à ses yeux, devrait disposer de plus de moyens dans les quartiers difficiles et pour gérer les enfants «particuliers». «Si l’initiative du Lobby était acceptée, le financement des écoles privées coûterait énormément à l’Etat. Investissons cet argent dans l’école publique!»

L’argent, c’est justement la seconde pierre d’achoppement des initiants et opposants: l’exécutif de Bâle-Campagne a, dans un premier temps, estimé le coût du libre choix à 40 millions de francs. Après les protestations de Pia Amacher, elle est descendue à 30 millions. La présidente du Lobby s’étonne de tant d’inconséquence et persiste: «Les coûts devraient s’équilibrer à terme. Une scolarité adaptée à chaque élève permettrait d’économiser sur les dommages collatéraux, comme les mesures accompagnatrices (thérapies, cours particuliers, appuis). Nous estimons ce soutien à 400 millions, car 60% des enfants de 6 à 15 ans y recourent actuellement.»

Par ailleurs, la socialiste Chantal Galladé pense que peu d’écoles privées accepteraient d’entrer dans ce système qui les soumettrait au contrôle de l’Etat et les priverait d’un écolage librement fixé. Les coûts ne devraient donc pas exploser pour les cantons. Quant au Lobby, il ne manque pas de rappeler que l’Etat économise des millions depuis des décennies, en ne payant pas un centime pour les enfants du privé. Alors que la Constitution exige la gratuité de l’enseignement pour tous.

Enfin, la mise en pratique du libre choix laisse les opposants sceptiques. L’initiative veut interdire aux écoles de refuser des élèves; «la plani-fication scolaire sera extrê-mement difficile», prévient Pierre Jaccard, auteur d’un rapport sur le modèle finlandais. Le directeur général adjoint de l’enseignement obligatoire vaudois souligne que, de toute façon, le choix ne serait pas réel. «Pour qu’il le soit, il faudrait créer bien plus de places qu’il n’y a d’enfants. Sinon, seuls les parents bien informés des enjeux – et qui ont des moyens de transport – migreront vers les bonnes écoles. Les autres prendront ce qui reste.» Le spécialiste craint que les classes des zones périphériques ne se vident et qu’il ne faille les maintenir au prix fort.
 
Le choix entre écoles publiques. Faut-il alors voter pour le libre choix? L’initiative est susceptible d’amener une amélioration de la qualité et une augmentation de la diversité scolaire. Mais la libéralisation totale fait surgir le spectre de la ghettoïsation des immigrés. Instaurer la concurrence entre les écoles publiques permettrait de jouir des avantages de l’initiative sans en subir les plus dangereux travers: les établissements seraient poussés à investir les créneaux qu’ils négligent, comme les classes spéciales, et à faire preuve de créativité. La conseillère nationale Chantal Galladé a fait une proposition qui va dans ce sens. Mais elle est formelle: «Les écoles des quartiers défavorisés devraient avoir plus de moyens financiers, afin de pouvoir travailler en petits groupes», comme en Hollande.

A l’autre bout de l’échiquier politique, Pierre Weiss, président du Parti libéral suisse, soutient également cette réforme. Pour qu’elle fonctionne, il exige d’abord de la transparence: «On ne peut rien décider si les caractéristiques de chaque école sont partiellement voilées. L’Etat doit publier les résultats des différents établissements aux épreuves communes et à PISA.» Le libéral ne cache pas que, dans un deuxième temps, son objectif est d’étendre le libre choix aux écoles privées. Sera-ce vraiment nécessaire? Pas forcément. Avec de l’audace et du temps, l’école publique parviendra peut-être à se diversifier et à répondre à toutes les attentes.
 
 
 
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Tags: éducation, école, école privée, école publique, enfants, parents,

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Réaction de Indigné
le 13.06.2008 à 16:17
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Réaction de Optimiste
le 12.06.2008 à 10:45
Victime d'une enseignante vindicative et inexpérimentée, ma petite fille a...
 



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