En lisant Yves Paccalet, on se laisse entraîner par une écriture vive et fraîche comme un torrent de montagne: elle bondit, cascade, s’emporte, mêle l’humour noir aux vertes colères du vieil écolo qui, en 2006, a fait un tabac avec L’humanité disparaîtra, bon débarras!
Ce que la vigueur du style ne laisse pas forcément deviner, c’est la douceur du personnage. Sa voix paisible, presque chuchotante. Sa réserve, peut-être un peu timide. Son regard éclairé par les beautés du monde qui se sont offertes à lui. En réalité, Yves Paccalet se réjouit si peu à l’idée de voir l’humanité disparaître qu’il vient de sauter dans l’arène politique. Chez nos voisins de Savoie, l’ancien collaborateur du commandant Cousteau se présente aux élections régionales du 14 mars: Europe Ecologie en a fait sa tête de liste départementale.
Fidèle à sa réputation, Yves Paccalet bougonne un peu: «Cette campagne me met en retard dans tous mes bouquins...» Il en a six ou sept en chantier, dont la suite de son œuvremajeure entreprise avec Le grand roman de la vie (Lattès, 2009): un vaste «traité du matérialisme poétique et ironique» qui irait du «big-bang» à l’asservissement de la Terre par l’espèce humaine. On lui doit déjà plus de 70 ouvrages: cet hommelà semble écrire aussi naturellement qu’il respire.
Son premier livre remonte à 1972, l’année où commence aussi son compagnonnage avec l’océanographe Jacques-Yves Cousteau. «Je lui avais écrit une lettre, raconte Yves Paccalet. Les hasards de l’existence ont fait qu’il avait justement besoin d’un écrivain.» Lesté d’un diplôme en philosophie, le jeune homme embarque donc sur la Calypso. Et l’aventure durera jusqu’en 1990.
Sur les océans. De nombreux livres cosignés par Cousteau témoignent de cette vie au grand large, baladée sur des eaux qui couvrent les sept dixièmes du globe mais dont on sait finalement bien peu de chose. Pendant deux ans, Yves Paccalet a aussi travaillé aux préparatifs du film Océans: grâce à lui, la Savoie possède un débouché sur la mer.
Mais ce naturaliste aime tout autant la montagne. Il habite Tincave, un hameau appartenant à la commune de Bozel et perché sur le versant ensoleillé de la vallée. Ses fenêtres donnent sur les crêtes enneigées et sur les glaciers bleus de la Vannoise. Le soleil décline tandis qu’Yves Paccalet évoque ce coin de Savoie où il est né en 1945 et où il est revenu vivre avec sa femme Kathleen.
«Avant d’être retapée, cette maison abritait la grange et l’étable de mon arrière-grandpère. Je suis né juste en dessous. A l’époque, mon père travaillait dans une petite mine ouverte à la fin du XIXe siècle pour exploiter le charbon qu’on trouve dans le sous-sol. Si on a décidé de revenir vivre ici, c’est parce que le sentier commence à côté de la maison...» Comme Rousseau, qu’il lit et relit, Yves Paccalet est un philosophe marcheur. Dans ses rêves les moins raisonnables, il imagine gravir le mont Olympus, le plus haut sommet de la planète Mars, qui culmine à 25 000 mètres.
Mais on revient sur Terre, à sa campagne électorale: «Il n’est pas mauvais de confronter le travail du philosophe au traitement des ordures ménagères, soutient Yves Paccalet. Je pouvais bien sûr rester sur ma montagne philosophique, sans me compromettre. Mais j’ai voulu mettre les mains dans le cambouis, en espérant que l’élection de conseillers régionaux Verts puisse faire avancer deux ou trois dossiers.»
Dopé par ses excellents résultats (17%) aux élections européennes de juin 2009, Europe Ecologie entend profiter des régionales pour s’ancrer dans le paysage politique français. D’autant que l’UMP n’est vraiment pas au mieux de sa forme. Mais cette faiblesse de la droite devrait surtout profiter au Parti socialiste qui avait déjà fait main basse sur la quasi-totalité des régions en 2004. Là-dessus, Yves Paccalet ne se berce pas d’illusions: «On titille les socialistes en affirmant qu’on va faire mieux qu’eux. Mais ce n’est pas ce que disent les sondages.» Et puis, sur ces paroles réalistes, on descend à Bozel où Europe Ecologie a convoqué une réunion publique à la salle des Tilleuls.
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