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Quart d’heure savoyard. Une vingtaine de personnes sont là, plutôt âgées: en Savoie comme ailleurs en France, les élections régionales ne déchaînent guère les passions et les abstentionnistes risquent d’être, une fois de plus, les grands vainqueurs du scrutin. On patiente encore un peu en attendant d’éventuels retardataires: ici, on appelle ça «le quart d’heure savoyard». Après quoi Yves Paccalet prend la parole, défend l’importance des régions comme dimension essentielle de l’action politique, mais c’est lorsqu’il en vient au tourisme que le débat s’anime. A un jet de pierre de Courchevel, la question intéresse: la Savoie doit presque la moitié de ses revenus au tourisme.
Mais celui-ci dépend avant tout du ski et de la neige. «Or la saison de la neige raccourcit, souligne Yves Paccalet. Les Alpes perdent en moyenne un jour d’enneigement et un centimètre de neige chaque année.» Et il laisse l’assistance méditer ce paradoxe auquel les Suisses, eux non plus, ne devraient pas rester insensibles: le réchauffement climatique produit des «lits froids».
A la réunion de Bozel, Yves Paccalet a été rejoint par Alexandra Cuzet qui occupe la deuxième place sur la liste Europe Ecologie de la Savoie. Sans cette jeune femme aux cheveux courts, vive et combative, l’écolo historique ne serait certainement pas devenu candidat: «Cela remonte à début novembre, explique-t-elle, quand Yves a publié un coup de gueule sur son blog. Il y racontait que l’UMP lui avait proposé une place sur leur liste, tout en affirmant que les Verts ne se seraient jamais intéressés à ce qu’il fait. J’ai laissé un petit commentaire sur son blog pour lui dire qu’il suffirait peut-être qu’on se parle...»
Alexandra Cuzet se dit ravie du choix de leur tête de liste: «Ce qui est bien, avec lui, c’est qu’il n’est pas formaté. Il se prête au jeu collectif, mais avec un petit sourire en coin, sans renoncer à être le libre penseur qu’il a toujours été.» Il est vrai qu’Yves Paccalet a été à bonne école pour apprendre l’esprit libertaire. En 1968, il étudiait à l’Université de Nanterre et il a participé au Mouvement du 22 mars qui fut comme un prélude au joli mois de mai. «Au fond, résume-t-il, je n’ai pas changé grand-chose à mes idées depuis l’époque bouillonnante de mes 20 ans.» Le lendemain, on retrouve Yves Paccalet dans la vallée voisine, à Saint-Jean-de-Maurienne où le fameux couteau Opinel fut conçu en 1895. La réunion d’Europe Ecologie se déroule ici dans un climat plus lourd qu’à Bozel: l’usine d’aluminium Rio Tinto (ex-Pechiney) a récemment annoncé qu’elle allait licencier 159 employés.
Chimie au CO2. Mais la discussion porte aussi sur le deuxième tunnel du Fréjus, un sujet qui hérisse le poil d’Yves Paccalet: «C’est maintenant qu’il faut râler, répète-t-il volontiers aux habitants de la Maurienne. Quand il sera ouvert, les trois quarts des camions qui franchiront les Alpes passeront par votre vallée. Et vous rempliront les poumons d’une chimie au CO2, au plomb, aux dioxines, au soufre, aux benzopyrènes, etc.» La réunion se termine à 11 heures. Yves Paccalet rentre dormir à Tincave avant d’aller poursuivre son marathon électoral à Grenoble.
C’est un moment fort de la campagne: Europe Ecologie a organisé un meeting à la Halle Clémenceau de Grenoble et le public est venu en masse. Il y a là l’ancienne magistrate Eva Joly. Le comédien Augustin Legrand. Et Noël Mamère en Monsieur Loyal qui chauffe la salle. La température grimpe. Tout le monde se lève quand le pédagogue Philippe Meirieu, tête de liste de la région Rhône-Alpes, termine un vibrant discours en évoquant la démocratie comme «la plus belle des énergies renouvelables».
Noël Mamère demande alors à tous les candidats de la région de le rejoindre sur la scène. Yves Paccalet s’exécute. Mais discrètement, les mains dans les poches, en prenant soin de se glisser au dernier rang. A ce moment-là, tandis que les applaudissements se déchaînent, on se demande s’il n’est pas en train de songer à la solitude des sentiers escarpés le long desquels il converse avec les fleurs et les insectes.
IL RÊVE DE GRAVIR LE MONT OLYMPUS, LE PLUS HAUT SOMMET DE LA PLANÈTE MARS.
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