Avec l’achat des nouveaux avions de combat, c’est reparti pour un psychodrame.
On ne peut pas exiger de l’armée qu’elle ne provoque aucun mort, jamais. Sa mission première? Défendre les frontières du pays, assurer la sécurité de ses citoyens... Au prix de la vie humaine, si nécessaire. Même en temps de paix, le risque zéro n’existe pas. Les soldats le savent. Mais, dans l’accident de la Jungfrau comme dans celui de la Kander, l’armée apparaît comme dangereuse. Elle ne rassure pas, elle fait peur. Au lieu de protéger, elle tue. Le drame érode une confiance déjà bien entamée. Il révèle des dysfonctionnements inquiétants, pas mal d’incompétence et une forme séculaire de connerie militaire ( lire en page 22). De plus en plus, l’armée recrute ses officiers par défaut. Les motivations patriotiques jouent de moins en moins. Reste l’attrait du grand air et des sports extrêmes. Une sorte de Club Med pour rouleurs de mécaniques en uniforme? Ce n’est pas censé être son rôle. Le désarroi de la population s’explique, justement, par ce flou. Faut-il remplacer le système de milice par des professionnels? Pourquoi s’engager pour le maintien de la paix à l’étranger? La Suisse ne devrait-elle pas sous-traiter sa sécurité à des pays tiers? Ou, sinon, quelles collaborations tisser avec l’Union européenne, l’OTAN? Le remplacement des avions de combat Tiger promet de belles empoignades sur le sens et les missions de nos forces militaires. Laissons, pour l’instant, de côté les aspects politiques et géostratégiques du débat. Retenons les arguments économiques. On ne manquera pas de nous les ressasser, comme ce fut le cas lors de la campagne d’achat des F/A-18. Les retombées? Elles se sont révélées très en dessous des promesses. En termes de création d’emplois. Et de transferts de technologies. Et, quand il y en a eu, elles n’ont profité qu’à quelques entreprises sises en Suisse alémanique. Quant aux compensations promises à des sociétés romandes, rien. Ou presque rien. Voilà ce que révèle un rapport explosif du Contrôle fédéral des finances. Un rapport que le Parlement, qui l’a commandé, refuse de publier. Parce qu’il révèle une arnaque à 2 milliards de francs, au bas mot. Parce qu’il souligne la manière dont la population s’est fait rouler. Bien sûr, 2 milliards, c’est peanuts en regard, par exemple, des récentes pertes de l’UBS. Mais une somme considérable aux yeux du citoyen-contribuable. C’est d’ailleurs aussi, incidemment, le prix des nouveaux avions de combat ( lire l’enquête d’Yves Steiner en page 14). Si, après les drames de la Kander et de la Jungfrau, l’armée suisse doit regagner la confiance de la population, elle ne pourra pas esquiver un débat sur son fonctionnement et sa raison d’être. Les responsables politiques et militaires devront aussi faire preuve d’une plus grande transparence sur les achats d’armement. Et éviter, cette fois, de nous raconter des salades sur ce qu’ils rapportent.
Tags: avions, militaire, armée, dépenses, défendre, frontières,
|