Edito. Ad Nauseam
Faut-il passer les places financières au karcher?
Des montagnes de dollars détruits dans la folie des subprimes. Et, maintenant, 50 milliards subtilisés par l’aigrefin Bernard Madoff dans un jeu de l’avion qui aura duré de longues années. Parmi les victimes, de prestigieux établissements genevois, dupés par celui qui passait jusqu’ici pour un pape des hedge funds. La honte! ( Lire l’enquête de Roland Rossier et de Philippe Le Bé.)
Les sommes qu’égrène l’actualité financière laissent un sentiment de dégoût. Elles font de 2008 l’année où l’on a changé de dimension, les zéros s’envolant comme autant de bulles irréelles. Cinquante milliards, c’est presque trois fois la somme évoquée pour sauver l’industrie automobile américaine et ses millions d’emplois. On se pince.
Avec la récession qui s’installe, la colère monte dans la rue et dans les usines. Elle se répand dans toutes les couches de la société. Chez les salariés des banques qui ont fait leur travail avec sérieux. Dans les PME à qui l’on rogne, jour après jour, des lignes de crédit. Salauds! Pour qui se prennent-ils, ces jongleurs criminels qui, pendant des années, ont accablé les simples mortels de leur mépris? Aujourd’hui, ils entraînent l’économie mondiale dans une spirale délétère. Les places financières mériteraient-elles qu’on les passe au karcher?
C’est certain, la dérive morale révélée par les affaires récentes met les banquiers et les autorités sous pression. Elle provoquera une reréglementation. On demandera aux banques plus de fonds propres. Les hedge funds seront désormais soumis à des contrôles stricts.
Attention toutefois à ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain. A l’avenir, la Suisse continuera de vivre de son industrie bancaire et des postes de travail qu’elle procure. Et puis, malgré les déboires récents, elle n’a pas failli aussi gravement que Wall Street. Pour un cas de dérive «ospelienne», elle peut faire valoir des siècles de prudence et de qualité helvétiques. Un capital précieux.
Alors, faut-il continuer d’investir dans la formation bancaire et financière? A coup sûr. Mais en accordant à l’éthique autant de poids qu’aux mathématiques. Faut-il développer ici des savoir-faire dans les hedge funds, ces instruments symboles de la finance moderne? Sans doute. Mais pas au détriment de l’innovation industrielle et des technologies nouvelles qui doivent pouvoir attirer, elles aussi, les ingénieurs et les scientifiques formés grâce aux deniers publics. Enfin, quel doit être le poids de la finance dans notre économie? Cette discussion essentielle, il faudra l’aborder clairement. Mais une fois seulement cet immense sentiment de nausée dissipé. La colère est une piteuse conseillère.
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