A voir les rictus convulsés des traders à la une des journaux, on pourrait se croire embarqués pour le grand retour à l’âge de la pierre. Les krachs à répétition n’ont rien de rassurant, c’est vrai. Et cette crise, au-delà de ses conséquences économiques, a révélé une troublante aphasie du gouvernement et du Parlement.
Ce silence, le conseiller d’Etat neuchâtelois Jean Studer le critique avec force: «Il est difficile de comprendre pourquoi, alors que la Suisse est l’une des places financières les plus importantes de la planète et que l’activité bancaire participe de 15% du PIB, le séisme que nous vivons ne fait pas l’objet d’un grand débat politique» ( lire l’article suivant).
Aux Etats-Unis comme ailleurs en Europe, on parle désormais ouvertement de récession. Chacun comprend que nous pourrions ne pas être épargnés. Et, si les chefs d’entreprise disent aujourd’hui qu’ils ne sont pas encore concrètement touchés par la dégringolade des Bourses, on ne peut pas exclure qu’ils changent de discours avant les premières glaces. Faut-il, pour autant, voir la vie en noir?
Dans cette édition, nous avons au contraire voulu souligner les effets positifs de la crise. Par exemple, les prix du pétrole, des matières premières et des aliments sont plutôt orientés à la baisse. Comme ceux de l’immobilier et le loyer de l’argent. Ce qu’on perd ici, on peut le gagner là ( lire notre dossier).
Le chaos actuel aura, à terme, d’autres effets vertueux. Et poussera aux remises en question: faut-il simplement redéfinir les règles qui régissent la place financière helvétique? Ou celle-ci est-elle surdimensionnée pour un pays comme le nôtre? Le master plan proposé par l’Association suisse des banquiers et visant à créer jusqu’à 80000 emplois d’ici à 2015 est-il tenable? Et si oui, sous quelles conditions? Comment trouver, le cas échéant, un nouvel équilibre entre secteurs industriels et financiers?
Le marasme actuel fait chanceler les certitudes et les consciences. Celles des défenseurs du libéralisme pur et dur, comme en témoignent les contorsions du journaliste économique Gerhard Schwarz, qui joue depuis des lustres au sein de la vénérable Neue Zürcher Zeitung, un rôle de quasi-commissaire politique ( lire l’article suivant). Va-t-on décréter l’échec du libéralisme, moins d’un quart de siècle après avoir constaté l’échec flagrant du Plan et du communisme?
Ou l’économie de marché reste-t-elle, malgré ses excès et ses dérives, le pire des systèmes, à l’exception de tous les autres? En Suisse comme ailleurs, la gauche n’est pas beaucoup plus à l’aise que la droite néolibérale, même si elle ricane pas mal ces jours. On l’a du reste peu entendue à l’heure du capitalisme financier triomphant. Et elle se réveille bien tard aujourd’hui pour réclamer, par exemple, une meilleure protection des petits épargnants.
Une fois la tempête calmée, il faudra tenter de comprendre les causes du chaos. Et penser l’après-crise. Les réponses ne seront pas simples à trouver. Mais une chose est sûre: la Schadenfreude ne peut pas tenir lieu de philosophie politique. Et elle ne remplacera jamais un vrai projet pour l’avenir.
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