Edito. Attention, chute de prestige
Médecins, journalistes, profs, banquiers... personne n’est épargné.
On peut bien sûr traiter les médecins grévistes d’enfants gâtés, sous prétexte qu’ils continuent de bien gagner leur vie. Pareil pour les professeurs de gymnase, quand ils défilent dans la rue afin de défendre leurs conditions salariales. A l’heure où bon nombre d’industries suisses licencient ou mettent leurs salariés au chômage partiel, alors que, chez nos voisins français, la fermeture brutale d’usines incite des ouvriers à séquestrer leurs patrons, les frustrations de professions plutôt bien dotées ont quelque chose d’indécent ( lire le reportage de Marie Maurisse).
Peut-être. Mais jouer les moralisateurs n’aide pas à la compréhension. Sur l’échiquier social, on assiste en effet, ces derniers temps, à une redistribution générale des pions. Des corporations unanimement respectées voient leur autorité remise en cause. Comme les médecins, justement, qui sont moins inquiets de la baisse des tarifs des analyses médicales imposée par Pascal Couchepin que de la chute de leur prestige. Ou les enseignants du secondaire supérieur qui, au-delà de leur situation matérielle, s’inquiètent de voir le niveau de la maturité se péjorer. Et, avec lui, leur aura. Fantasme? Comme le montrent les statistiques, le secondaire supérieur est devenu, ces dernières années, le parent pauvre (et le maillon faible) de notre système de formation ( lire l’enquête de Tasha Rumley).
Les banquiers, eux aussi, voient leur image se craqueler. Jusqu’ici auréolés d’une crédibilité teintée d’envie, ils se sentent désormais les pestiférés de la nation. Et les suppressions d’emplois qui guettent dans le secteur, notamment à l’UBS, ne contribuent pas à leur tranquillité d’âme. Les journalistes qui ont d’habitude pour mission d’analyser les transformations subies par d’autres, ne sont pas épargnés. En Espagne, ils réclament d’être traités par l’Etat comme une profession sinistrée, alors que d’aucuns annoncent la «fin des journaux».
Les métiers à la hausse? Ce n’est qu’une indication anecdotique, mais elle vaut son pesant de symbole: dans un sondage représentatif, le site de rencontre Parship (associé à L’Hebdo) a voulu savoir quelles sont, en Suisse, les professions les plus recherchées par les femmes célibataires en quête d’un compagnon. Les architectes arrivent en tête. Sans doute parce qu’ils sont perçus comme œuvrant dans le solide, le concret, le durable... C’est une illusion, bien sûr, car personne n’est à l’abri des remises en question.
Les cols bleus sont malmenés depuis plusieurs années par les délocalisations et la concurrence de la main-d’œuvre chinoise. La globalisation touche maintenant les métiers intellectuels. La science questionne les repères éthiques d’hier. Dans toutes les sociétés développées, le magistère des maîtres et des docteurs est contesté. Ce tremblement de terre statutaire n’est pas forcément dramatique. Ni définitif, d’ailleurs. Mais il faut, pour retomber sur ses pattes, une bonne dose d’agilité sociale. Et un goût certain pour l’avenir.
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