Parce qu’il l’emporte sur les questions économiques face à un McCain qui tergiverse et peine à répondre aux angoisses des électeurs américains – ma maison, mon job, ma voiture... Parce qu’il respire la confiance en soi, alors que son rival se rabougrit au fil des semaines, malgré l’injection palinienne. Parce qu’il décolle dans les sondages, on se prend à penser l’impensable: le 4 novembre prochain, Barack Obama pourrait devenir le prochain président des Etats-Unis.
A moins qu’il ne commette une grosse erreur, la crise financière va porter le candidat démocrate. Lors de chaque apparition, elle lui permettra de marquer des points. C’est que le passif des républicains est lourd à porter, eux qui ont contribué à programmer le naufrage. Et, si l’on a pu croire un temps que Paulson & Co. allait tirer le monde hors du gouffre, c’est finalement un Gordon Brown moins crispé idéologiquement qui a montré le chemin. Pour l’heure, l’Union européenne sort renforcée de la crise. Et les Etats-Unis passablement cabossés.
Obnubilé par les questions internationales et de sécurité, McCain n’a du reste pas su s’entourer de conseillers économiques compétents. Les meilleures têtes, les économistes les plus expérimentés font partie de l’équipe d’Obama. Notamment les anciens ministres de Clinton, Larry Summers et Robert Rubin. Sans oublier le nouveau Prix Nobel, le corrosif Paul Krugman.
Le score est-il pour autant scellé? Tout peut encore arriver. Le plus inquiétant, c’est l’escalade verbale observée dans la campagne, ces derniers jours. McCain, qui s’était engagé au fair-play, autorise les plus radicaux de ses supporters à jouer la carte raciste. Sinistre comédie, Sarah Palin laisse transparaître la peur que le candidat démocrate lui inspirerait. On continue d’évoquer ses origines prétendument musulmanes et ses liens avec des terroristes des années 60 et 70...
En termes électoraux, cette rhétorique de la violence n’est pas très efficace. Elle est même probablement contre-productive ( lire l’article suivant). Et s’il reste un fond de racisme à l’endroit des Noirs aux Etats-Unis, la majorité de la population est aujourd’hui plus préoccupée par la santé de l’économie que par la couleur de peau des candidats. Cela dit, ces excès langagiers peuvent avoir d’autres effets. Ils évoquent les appels au meurtre entendus autrefois à l’endroit du candidat Bobby Kennedy.
On se souvient de la suite. Ce parallèle, Frank Rich, éditorialiste du New York Times, le met en évidence dans son dernier article au titre provocant: The Terrorist Barack Hussein Obama. Publié sur le site du quotidien, il trône en tête des textes récents les plus consultés. Dans leurs commentaires, les internautes enjoignent McCain de ramener ses troupes à la raison. Ils craignent le geste d’un désaxé. Ils redoutent une répétition de l’Histoire.
Parce que lui seul en a l’étoffe, Obama sera sans doute élu président des Etats-Unis. A moins qu’un drame ne survienne avant le jour J, malgré une protection policière unique. Dans ce cas, le vieux soldat et le pit-bull d’Alaska seront tenus pour responsables.
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