Edito. Cacophonie
La libre circulation, O.K.! Et si on parlait aussi de relance économique?
Faut-il parler de lavage de cerveau? Sur la reconduction de la libre circulation avec l’UE et son extension à la Roumanie et à la Bulgarie, le citoyen est en effet confronté ces jours à un torrent de chiffres qui amènent toujours à la même conclusion. Les Suisses ont tout à gagner et rien à perdre à dire «oui», le 8 février prochain. C’est le message des organisations économiques, des syndicats et des milieux de la science. Dans ce chœur unanime, on trouve aussi les cantons. Bref, mis à part quelques gauchistes, notamment neuchâtelois, et une majorité de l’UDC, tous se battent pour sauvegarder (et compléter) l''indispensable acquis des bilatérales ( lire l''article de Daniel Audétat). Mais ce n''est pas parce qu''ils sont d''accord qu''ils ont tort.
Que valent les arguments des opposants? Ceux qui agitent la peur d’une invasion roumaine ou bulgare nagent en plein fantasme. La libre circulation n’entrera en vigueur qu’en 2016. Ou même plus tard. Pour voir arriver les gros corbeaux noirs de l’affiche, il faudra chercher ailleurs (lire l’enquête de Julie Zaugg). Ce qui n’empêche pas le Genevois Yves Nidegger, le nouveau Travolta des UDC romands, de sacrifier son habituelle cohérence à la désinformation et aux calculs électoralistes. Ce même député qui, de concert avec les plus euro-allergiques de ses camarades, propose une lecture byzantine des accords bilatéraux de 1999. La fameuse «clause guillotine»? Elle n’existerait pas. N’importe quoi!
Impossible toutefois d’ignorer le résultat des sondages: aujourd’hui, le non recueillerait quelque 40%. La libre circulation a eu des effets bénéfiques sur l’économie, elle va aussi de pair avec une concurrence accrue sur le marché du travail. S’y ajoute désormais le spectre de la récession. Heureusement, les autorités et l''économie tiennent donc sur les bilatérales un discours clair, étayé. En revanche, sur les remèdes pour anticiper une hausse du chômage, c’est la cacophonie. Les cantons critiquent la mollesse de la ministre de l’Economie qui, à son tour, les accuse de laxisme. On pédale dans la semoule fédéraliste, alors qu’il faudrait se concerter. Les milieux d''affaires ont soutenu le plan de sauvetage de l''UBS, mais ils grimacent à la perspective d’investissements publics massifs dans les infrastructures. Un soutien déterminé aux technologies vertes, comme aux Etats-Unis? Vade retro... Et si l’on rendait gratuites les primes de caisse maladie pour les enfants, propose une autre conseillère fédérale. Ambiance...
Pour l’heure, la Suisse est moins mal lotie que les autres pays industrialisés. Elle peut compter sur une assurance chômage en acier trempé, alors que le gouvernement annonce (du bout des lèvres) un premier paquet de mesures de 900 millions, et sans doute un deuxième... Et après? L’histoire des crises nous l’enseigne: face à une possible dépression, le risque n’est pas d’en faire trop, mais trop peu. Et trop tard. Pour redonner confiance aux Suisses, les beaux discours sur la libre circulation ne suffisent pas. On attend maintenant du gouvernement un peu plus d’ordre et de transparence sur ses intentions. Comme les crises, la relance commence aussi dans les têtes.
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