Edito. Chacun cherche son plan...
Doris Leuthard ne sera jamais Obama. Mais, please, un peu de vista!
Au gouvernement comme à la tête des entreprises, on trouve deux types de dirigeants. Ceux qui révèlent leurs talents quand la mer est démontée. Et ceux qui sont plus à l’aise par beau temps. La conseillère fédérale Doris Leuthard appartient à cette deuxième catégorie. Ministre de l’Economie, elle a commencé par nier le sérieux de la situation, l’automne passé, avant de sortir de son chapeau un plan de relance mal ficelé. Aujourd’hui, son discours a un peu évolué. Il reste toutefois assez navrant (lire l’enquête d’Yves Steiner et de Philippe Le Bé). C’est vrai, la Suisse reste moins touchée que d’autres pays par la crise. Nous sommes loin d’une faillite à l’islandaise. On ne peut pas non plus se comparer aux Etats-Unis, endettés jusqu’à la moelle, plombés par le naufrage de l’industrie automobile et de son secteur bancaire. La livre britannique sombre, le franc, lui, tient bon. Signe d’une économie plus diversifiée que celle de nos voisins. Mais, alors que l’expression de nationalisations bancaires est sur toutes les lèvres, même les plus libérales, peut-on exclure un tel scénario pour la Suisse? Toutes les surprises sont possibles. Le Conseil fédéral n’est cependant pas resté totalement inactif. En deux trains de mesures, il va mobiliser 1,55 milliard de francs, la Banque nationale suisse conduit une politique monétaire habile, le chômage partiel constitue un plan de relance qui ne dit pas son nom, les cantons romands se coordonnent... Sans oublier le sauvetage de l’UBS et ses 67 milliards de francs. Manque toutefois une vue d’ensemble. Et de la transparence. On parle beaucoup ces jours d’un Green New Deal. A juste titre, car les nouvelles technologies vertes sont porteuses de croissance et d’emplois. Elles réduiront notre dépendance énergétique. Mais cette révolution mettra du temps à porter des fruits. Voilà pourquoi il faut une stratégie d’autant plus ambitieuse, beaucoup d’inventivité fiscale, des investissements massifs dans de nouveaux chantiers, mais aussi dans la recherche et la formation (y compris pour les métiers manuels). Et qui l’incarne, cette révolution? Moritz Leuenberger a beaucoup disserté, mais obtenu peu de résultats. Ancrée en Argovie, la cheffe de l’Economie Doris Leuthard a le nucléaire dans le sang. Et une compréhension très limitée des énergies nouvelles. En tout cas jusqu’ici. Les recettes simples n’existent pas, la situation est assez exceptionnelle et demande une bonne dose de pragmatisme. Et assez de leadership pour provoquer un choc psychologique et recréer la confiance. Attention, donc, aux mesures démagogiques comme celles du Parti socialiste et de l’UDC, qui voudraient redistribuer à la population quelque 5 milliards de recettes excédentaires engrangées par la Confédération en 2008. Elles n’auront aucun effet durable. Gare aussi aux fausses bonnes idées: soutenir le bâtiment, c’est bien. Il se trouve qu’aujourd’hui, c’est l’un des secteurs qui en a le moins besoin. Face à cette crise, on attendra vainement de Doris Leuthard (et de ses autres collègues responsables de l’économie) une envergure politique «obamesque». On peut cependant exiger d’elle un discours clair. Un plan plus cohérent. Et un minimum de vista.
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