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L’UBS est prise dans des turbulences apocalyptiques, créées par ceux-là mêmes qui la dirigent. Et il faudrait aujourd’hui les épargner! Parce qu’on ne tape pas sur la tête du capitaine quand l’heure est critique, répète le président du PDC, Christophe Darbellay. Seulement voilà: Peter Kurer, président de la première banque du pays, comme Marcel Rohner, le CEO, gisent déjà K.-O. au fond du cockpit, bien incapables de tenir fermement les commandes de l’appareil. Pire, le pilote et son copilote représentent désormais l’un des plus graves dangers, alors que, le 24 février, l’action est descendue au-dessous de 10 francs. L’inquiétude n’en finit pas d’enfler.
On ne reviendra pas sur le système mis en place par l’UBS pour permettre aux clients américains de frauder le fisc. On ne s’appesantira pas sur cette organisation quasi industrielle destinée à soustraire des centaines de millions aux caisses publiques états-uniennes. Les documents rendus publics par le tribunal de Floride laissent peu de place au doute: les dirigeants de l’UBS savaient. Mais ils n’ont rien fait pour mettre fin à ces activités illégales. Ils n’ont pas seulement violé le cadre juridique yankee, ils ont aussi péché par arrogance. Voilà pourquoi il faut les chasser.
Dans n’importe quel autre pays, les dirigeants de l’UBS auraient eu une commission d’enquête sur le dos. En Suisse, les autorités de surveillance les ont jusqu’ici ménagés, alors même qu’ils ont failli au devoir d’irréprochabilité, inscrit dans la loi. Le président de la désormais fameuse Finma, Eugen Haltiner, a de toute évidence fermé les yeux. Et ainsi sérieusement entamé la crédibilité du système de contrôle bancaire helvétique. L’UBS semble trop grande pour qu’on la laisse tomber («too big to fail»), mais aussi pour qu’on la sanctionne. On voit mal comment, après cette affaire, monsieur Haltiner pourrait rester en place. Comme le duo Kurer-Rohner, il doit partir.
Quand? Immédiatement. Et qu’on ne nous serve pas ce refrain fallacieux: ceux qui provoquent le chaos doivent faire le ménage avant de s’en aller. Cet argument a justifié le maintien de Marcel Ospel à la tête de l’UBS pendant de longs mois. Pour quoi faire? Organiser sa succession en poussant des hommes à lui. On en voit aujourd’hui le résultat. Reste à trouver la perle capable de reprendre le manche à balai. Des noms circulent, mais ils sont rares ( lire l’enquête de Roland Rossier).
Pour sauver définitivement l’UBS du grounding, pour mener les restructurations nécessaires, la direction doit changer. Pour reprendre l’offensive, pour redéfinir le secret bancaire, avant que les Européens ne nous tordent brutalement le bras, comme les Américains depuis quelques mois, il faut une stratégie gouvernementale. Une politique digne de ce nom. Enfin! Là encore, l’équipage laisse à désirer: le président Hans-Rudolf Merz est sans doute un excellent steward. Mais il n’a pas prouvé qu’il savait piloter. Dans la banque comme au gouvernement, une race d’hommes et de femmes manque cruellement à la Suisse: des leaders déterminés. Et capables d’affronter la tempête.
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