Edito. Contre-offensive.
La Suisse paie aujourd’hui sa solitude au prix fort.
Un écolier, seul contre tous, passé à tabac par de plus grands que lui. L’image évoque la Suisse, victime des attaques conjuguées des Etats-Unis et de plusieurs pays européens. Jamais nous n’avons payé si cher notre isolement. Et nos seuls alliés pour défendre le secret bancaire ne sont pas les plus musclés: l’Autriche, le Luxembourg... Surprise, Singapour et Hong Kong se sont pliés spontanément aux exigences de l’OCDE. Le 2 avril, à Londres, le G20 dressera sa liste noire. La pression monte ( lire l’article de Julie Zaugg et de Titus Plattner).
Le Conseil fédéral a raison de se mobiliser. Il serait absurde de se soumettre sans combattre. Sans souligner l’hypocrisie de la Grande-Bretagne et de ses paradis fiscaux. Sans dénoncer le mobbing des Américains. Et ce n’est pas parce que Merz & Co. ont tergiversé que leurs efforts sont inutiles. Il s’agit aussi de défendre des emplois. Et un minimum de dignité nationale.
A plus long terme? Le secret bancaire helvétique a vécu, en tout cas dans sa forme actuelle. Et il faudra tirer les leçons de cette rossée mémorable. D’abord en renonçant au réseautage bricolé, en marge des lieux où se prennent les vraies décisions. Et en soulignant cette évidence: la place financière helvétique aurait été mieux défendue si nous avions été membre de l’Union.
Le pénible manque de leadership, ensuite. En temps de crise, on ne peut plus se permettre un président qui fait trois petits tours et puis s’en va. Il devrait rester en fonctions deux, ou mieux quatre ans. Enfin, on discutera du poids (excessif?) de la banque dans l’économie. Nous sommes peut-être moins dépendants du secret bancaire que nous ne le pensions.
Le rebond? Il passe aussi par les cantons. Neuchâtel fait figure de modèle, comme le montre notre rédacteur Michel Guillaume ( lire le dossier). Un projet original de développement des transports publics – le Transrun. Une volonté de redessiner la région au-delà des frontières cantonales. Une initiative fiscale éminemment eurocompatible. Et une priorité donnée à la recherche dans l’énergie solaire. Comme par hasard, on y trouve, de plus, deux papables pour le Conseil fédéral: le radical Didier Burkhalter et le socialiste Jean Studer.
Plusieurs des mythes suisses se sont effrités ces derniers mois. On peut bien sûr se replier, comme cela a souvent été le cas dans le passé ( lire l’interview du professeur Walter Wittmann). Mais le choc peut aussi provoquer une prise de conscience salutaire, préalable à toute contre-offensive sur la durée: la Suisse jouit d’atouts exceptionnels, mais elle n’échappe pas aux lois de la politique. Notre grandiose solitude a fait son temps. Et c’est tant mieux! | |
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