La crise est une bouffeuse de dogmes, elle met au défi les autorités, elle fait tomber de leur piédestal les héros d’hier, elle n’épargne personne. Les banquiers sont les plus touchés dans leur image. Et il leur faudra des années pour reconquérir leur crédibilité ( lire l’article suivant). Jetant l’opprobre sur l’ensemble de la corporation, quelques grands noms ont violé les règles les plus élémentaires de la profession, ils ont cédé aux vices les plus néfastes: la cupidité, la mégalomanie, l’arrogance. Ils nous ont pris en otages.
Face à la déroute banquière, on peut certes célébrer le retour en grâce d’un Etat autrefois mécaniquement calomnié et se réjouir d’entendre les politiques, même à droite, dénoncer l’avidité érigée en système. Difficile d’oublier, pourtant, comment ces mêmes voix justifiaient, il y a peu, les parachutes dorés et les bonus les plus extravagants. Dans l’exercice toujours délicat du retournement de veste, le président du Parti radical, Fulvio Pelli, se pose, ces jours, en acrobate virtuose. Il n’est pas le seul.
De la gauche, on dira qu’elle se réveille tardivement et qu’elle s’est distinguée, ces dernières années, par une maîtrise très approximative des questions économiques. Et ce n’est pas en se concentrant exclusivement sur la rémunération des grands patrons qu’elle apportera de vraies solutions.
Les experts sont eux aussi fort mal pris. Les analystes financiers, les «stratégistes», les professeurs d’économie... Pour la plupart, ils n’ont rien vu venir. Ces mêmes experts nous expliquent, aujourd’hui, les ressorts de la crise, ils se risquent même à faire des prévisions. On salue leur courage. Il faut être amnésique cependant pour ne pas sourire en les écoutant sur les ondes ou en les lisant dans les colonnes des journaux.
Là encore, il y a eu des voix discordantes. Celles, par exemple, des Prix Nobel d’économie Josef Stiglitz ou Paul Krugman. Mais personne ne les a pris au sérieux et le mainstream a fini par tout emporter. Le politiquement correct et le conformisme étaient, ces dernières années, plutôt néolibéraux, il faut bien l’admettre.
Enfin, balayons devant notre porte. Les médias n’ont, en principe, pas seulement une fonction d’information et de divertissement, ils sont des empêcheurs de tourner en rond. Leur rôle critique est indispensable au bon fonctionnement de la démocratie. Mais, à l’aube du cataclysme, les journalistes ont sans doute manqué de lucidité. Ils se sont laissé éblouir par les princes de la finance. Ils n’ont pas toujours posé les bonnes questions. Ils ont trop souvent lâché le morceau.
Oui, les journalistes, eux aussi, ont besoin d’un petit remontant. Il est dans l’intérêt de tous qu’ils reprennent du mordant, beaucoup de mordant.
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