Edito. L’heure des Romands (III)
La Suisse a besoin d’un plan de relance linguistique.
Elle dégage une sacrée énergie, Chiara Simoneschi-Cortesi, la première citoyenne du pays, quand elle défend le multilinguisme. Au Forum des 100, la présidente tessinoise du Conseil national a lancé cet avertissement, le doigt pointé vers le sol: si l’anglais devenait pour tous la deuxième (et unique) langue étrangère, on pourra dire: «Svizzera, finito!» (Lire en page 60.) Débattre des limitations cantonales et repenser la gouvernance de l’espace romand, c’était le propos de l’édition 2009 du forum et de ses quelque 800 participants. Souligner aussi les atouts d’une économie plutôt bien armée pour affronter la récession. Surgit la question qui fâche, celle des langues. Comme le montre la dernière livraison de l’étude Sophia, 80% des leaders estiment, de ce côté-ci de la Sarine, que la communication verbale et écrite entre Romands et Alémaniques est calamiteuse. Un autre chiffre: résignés, deux tiers de la population sont prêts à parier que l’anglais deviendra la langue véhiculaire entre les communautés linguistiques. On affiche sa conviction que l’apprentissage des langues nationales reste indispensable à la cohésion du pays (elle-même jugée essentielle). Et, pourtant, quand il faut passer à l’acte, on répugne à faire l’effort: «Nein, danke!» (Lire les détails du sondage sur le site www.forumdes100.com). Au banc des accusés, l’enseignement des langues, jugé inefficace par une large majorité des Romands. En particulier celui de l’allemand. Un scandale dont, d’ailleurs, on ne parvient plus à s’émouvoir franchement. Une nouvelle loi entre certes en vigueur l’an prochain, elle vise à promouvoir les langues nationales dans l’administration et à encourager les échanges entre les écoliers des trois régions linguistiques. C’est un début. Mais on pressent le manque d’ambition, l’enlisement dans les bonnes intentions. Avant que le mythe helvétique du multilinguisme n’explose à son tour, il faudrait empoigner la question avec une détermination renouvelée. Et décréter un véritable plan de relance linguistique national. A ceux qui invoquent dare-dare les arguments financiers de rigueur, on peut répondre que le retour sur investissement sera de toute façon intéressant. Plus, en tout cas, que celui des actifs toxiques de l’UBS. L’anglais? Il est indispensable, bien sûr, même si un nombre croissant de jeunes l’apprennent spontanément, aussi facilement qu’on s’enrhume. L’allemand? Pour enfin passer l’épaule, on devra généraliser les expériences d’enseignement bilingue, comme celles menées en Valais. L’italien? Les Tessinois se coltinent l’apprentissage obligatoire de trois langues étrangères, au minimum. Les Romands et les Alémaniques seraient-ils moins éveillés? Et que l’on cesse de s’achopper sur la question du dialecte, la bonne excuse. S’il est vrai que l’apprentissage d’une langue est un pas vers la culture de l’autre, une maîtrise au moins passive du dialecte s’impose. Et puis, soyons réalistes: pour compter à l’échelle nationale, pour faire la différence là où ça se passe, les Romands n’ont pas le choix. Il faut aussi comprendre le suisse allemand. Basta!
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