Edito. Détox
La culture anglo-saxonne du profit rapide a joué comme un poison.
La semaine passée, nous faisions notre titre principal sur ces petits épargnants suisses qui ont perdu tout ou partie de leurs économies dans la faillite de la Banque Lehman Brothers.
Aujourd’hui, nous revenons sur d’autres témoignages. L’histoire est presque toujours la même: un vendeur sans scrupule, peu soucieux de diversification du risque, un client crédule et prêt à être séduit, la chute d’une maison réputée insubmersible, le coup de fil de la banque, en l’occurrence helvétique. Et cette phrase, suivie d’un silence: «Il ne reste plus rien de votre placement, plus un centime.»
Comment se défendre? A-t-on un quelconque espoir de récupérer ses avoirs? Comment réagissent les banquiers? C’est ce que nous avons voulu savoir en poursuivant l’enquête ( voir lien). Ces affaires ruinent la confiance. Elles portent de plus un méchant coup à l’ensemble de la branche, même s’il serait absurde de mettre tous les établissements dans le même panier. Il faut répéter aussi que le secteur est essentiel à la prospérité de la Suisse – sans financement, pas d’entreprises dynamiques et innovantes. Enfin, la banque représente quelque 16% de nos recettes fiscales totales et plus de 100000 emplois.
On ne pourra toutefois pas faire l’économie d’un débat de fond pour restaurer la confiance de la population. Dans nos colonnes, le président d’economiesuisse, Gerold Bührer, répond aux injonctions de Nicolas G. Hayek et se propose comme intermédiaire entre l’économie dite «réelle» et les banquiers ( lire l’interview). Il dénonce les dérives du système anglo-saxon de rémunération découplé de la performance à long terme. Il s’insurge contre l’avidité de certains top managers qui se fichent comme d’une guigne de la croissance durable de l’économie. Paroles de circonstance?
Difficile cette fois de s’en tenir à des déclarations d’intention. «Il faut repenser le système bancaire», insiste l’économiste français Michel Aglietta ( voir lien). Et redonner aux banques centrales le rôle de superviser les établissements bancaires. En Suisse, une bataille féroce sur le renforcement des fonds propres, une mesure prônée par la Commission fédérale des banques et la BNS, se prépare.
Plus profondément, c’est une gigantesque entreprise de désintoxication qu’il faut lancer si le capitalisme doit être sauvé. Car, ce qui l’empoisonne aujourd’hui, c’est la culture du profit hyperrapide, sans vraie création de valeur. Cette cure ne fera certes pas le beurre des jongleurs et des chasseurs de bonus facile. Mais elle profitera à tous les autres. Aux entreprises à la recherche de fonds pour développer leurs activités. A la place financière helvétique, synonyme jusqu’ici d’une qualité sans faille dans la gestion de fortune. Et aux petits épargnants qui, dans cette farce tragique, sont les dindons les plus durement touchés.
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