Edito. Expats' Land
Les cantons romands devront compenser leur perte d'attractivité fiscale.
Ils sont environ 100000, à peine moins que la population de Lausanne. Les expatriés travaillent dans les multinationales ou les hautes écoles de la région romande, ils ont été attirés ici par les organes de promotion économique romands, actifs depuis la crise économique des années 80. Sans oublier les fonctionnaires étrangers de la Genève internationale. Dans leur enquête, Julie Zaugg et Mehdi Atmani tentent de brosser les contours de cette communauté hétéroclite. Une population curieusement méconnue, mais en plein essor ( lire l''article).
Les «expats», comme on les surnomme aussi, et les organisations qui les emploient, sont en effet des moteurs de l’économie romande. Les retombées des grands groupes comme Procter & Gamble se comptent en centaines de millions de francs. Les salaires versés par la Genève internationale se montent à près de 2 milliards... A Neuchâtel, les entreprises de haute technologie ont joué un rôle décisif dans la diversification du tissu industriel local.
Pour les attirer, les cantons ont fait valoir jusqu’ici des atouts imparables. Une main-d’œuvre qualifiée. Des conditions fiscales alléchantes pour les entreprises comme pour les individus. Et des paysages de carte postale. On s’est en revanche peu interrogé sur les problèmes d’intégration de ces immigrés haut de gamme, différents, certes, de ceux posés par les vagues d’immigration antérieures, mais bien réels.
La question du logement, d’abord, particulièrement aiguë à Genève. On courtise les entreprises internationales, mais on manque d’appartements et de maisons pour accueillir leurs collaborateurs. Avec un effet secondaire pénalisant pour les habitants du cru: les loyers et les prix de l’immobilier flambent depuis plusieurs années.
Plus grave, il manque près de 6000 places dans les écoles internationales pour accueillir les rejetons des expatriés. C’est bien beau d’attirer les ingénieurs de Yahoo! et autres Medtronic. Mais il faut qu’ils puissent emmener leurs enfants avec eux. Sinon, ils repartent.
Le Gouvernement genevois est sensible à cette pénurie. Dans le canton de Vaud, en revanche, c’est comme si elle n’existait pas. La cheffe de l’Instruction publique, Anne-Catherine Lyon, ne fait en tout cas aucun effort pour trouver des solutions. Pourtant, les idées ne manquent pas. Il faudrait aider les écoles privées internationales à s’installer, au lieu de leur mettre des bâtons dans les roues. On pourrait créer des filières bilingues dans l’enseignement public. Et en faire profiter aussi les petits Romands motivés par un apprentissage de l’anglais en immersion ( lire l''article).
Au moment où, sous la pression européenne et américaine, la Suisse s’apprête à réviser sa fiscalité sur les entreprises étrangères, les cantons romands devront prendre l’initiative et compenser une attractivité économique forcément à la baisse... S’ils veulent rester une terre prisée des expatriés, il leur faut soigner d’autres arguments. Car il n’est pas forcément que fiscal, le paradis!
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