Edito. Introspection
La révolution des médias ne se réduit pas à une affaire de tuyaux et de quincaillerie.
Les journalistes sont très forts, c’est leur métier, pour commenter les bouleversements du monde: le dérèglement climatique, les fièvres néotsaristes de la Russie, l’impact des galipettes sarkoziennes sur le pouvoir d’achat des Français... Mais, aujourd’hui, c’est nous qui sommes dans l’œil du cyclone: les médias traversent une mutation comparable, par son amplitude, au passage de l’âge de la pierre à celui du bronze. Enfin, presque. L’information est désormais diffusée par une multitude de canaux. Google, Yahoo! & Co. se posent en concurrents des médias traditionnels. Avec l’iPhone, on transporte désormais dans sa poche un téléphone croisé avec une miniTV donnant accès, à la demande, à toutes les émissions de la planète. Sans oublier les réseaux sociaux, tels que Facebook. La riposte? Prenez la Télévision suisse romande. La moyenne d’âge des téléspectateurs de son téléjournal augmente sans cesse. Elle est aujourd’hui de 56 ans. Il faut agir. La révolution a d’ailleurs déjà été amorcée grâce à une stratégie multimédia claire, cohérente. Ainsi qu’aux ressources stables (et confortables) du service public. Dans la presse écrite aussi, c’est le grand chambardement. Partout dans le monde, les gratuits, dans leur énorme majorité, perdent de l’argent, beaucoup d’argent. Ils saignent les journaux payants et plombent les comptes des maisons d’édition. Ils engendrent une dépendance à la gratuité. Comment évoluera la génération née avec le net et nourrie aux fast news? Trop tôt pour le dire. On l’aura compris: la grande mutation des médias ne se réduit pas à une simple affaire de quincaillerie et de tuyaux. Volontiers conservateurs quand il s’agit de leur propre cuisine, les journalistes n’ont d’autre choix que de s’interroger sur les nouvelles attentes de leurs publics. Ils doivent, dans le même temps, reprendre confiance et cultiver certaines des bases du métier. Quant aux éditeurs qui cessent d’investir et économisent à tout crin, ils scient la branche sur laquelle ils sont assis, comme le préfigure l’exemple des quotidiens aux Etats-Unis. Permettez cette conclusion solennelle à l’heure chinoise et quarante ans après l’invasion de Prague par les chars soviétiques: sans médias forts et diversifiés, adieu la démocratie, adieu la liberté! Et à ceux qui caressent le rêve de journaux sans journalistes, nous disons: oubliez!
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