Édito. La parole aux otages!
Que recouvrent vraiment les 54 milliards de dollars de créances toxiques reprises par la BNS?
Qui sont les artisans du sauvetage de l’UBS? Depuis quand le Conseil fédéral se prépare-t-il au pire? Comment les dirigeants du premier établissement bancaire helvétique pouvaient-ils encore, il y a à peine trois semaines, tenir des propos lénifiants et écarter, l’air tranquille, les avis de tempête?
Dans cette édition, nous tentons de reconstituer la trame des négociations de coulisse et des rencontres secrètes qui se soldent, le jeudi 16 octobre, par cette annonce historique: la Confédération et la Banque nationale suisse viennent au secours de l’UBS. Et posent 68 milliards de francs sur la table ( lire l’article suivant).
Ce récit souligne le rôle essentiel des dirigeants de la BNS. Il révèle aussi un état de préparation du Département fédéral des finances (et du gouvernement) bien supérieur à celui qu’on lui prêtait. Grâce notamment à Peter Siegenthaler, son secrétaire général, qui fut aussi un des acteurs clés de l’affaire Swissair. Leur esprit d’anticipation à tous tranche avec la cécité et l’inconséquence de ces grands banquiers qui n’avaient cessé, ces dernières années, d’étaler leur mépris de la chose publique et des hauts fonctionnaires. Les faits récents constituent le plus spectaculaire des démentis. Et redorent le blason de la politique.
Mais le feuilleton est loin d’être terminé. Si la manœuvre a été menée de main de maître, elle témoigne d’un fort déficit démocratique, certes justifié par les circonstances, mais difficile à avaler. Le peuple suisse est mis devant le fait accompli, il comprend qu’il est victime, comme les autorités d’ailleurs, d’un gigantesque hold-up commis par les (ir)responsables de l’UBS.
Après la colère, l’heure est aux questions: de quoi les Suisses sont-ils désormais, à titre collectif, les propriétaires? Que recouvrent vraiment les 54 milliards de créances toxiques reprises par la Banque nationale suisse? Les informations données jusqu’ici sont insuffisantes.
L’opération de sauvetage met de plus en évidence le manque de leadership de Peter Kurer, président de l’UBS. Ses maladresses politiques et ses capacités discutables de leader rendent un retour à la confiance problématique. Son départ n’est sans doute qu’une question de semaines. Mais où trouver le nouveau capitaine capable de sauver le navire, et aussi de le reconstruire?
Plus largement, l’affaire UBS pose la question de l’avenir de la place financière ( lire l’article suivant) et de son possible surdimensionnement par rapport à la taille du pays. Vivra-t-on une restructuration comparable à celle de l’horlogerie dans les années 70 et 80? Faut-il plutôt s’attendre à une consolidation salutaire, mais limitée? Après tout, les erreurs ont été commises principalement par la branche américaine du groupe, pas par les collaborateurs de la banque en Suisse.
Non, ce sinistre feuilleton est loin d’être terminé. Et les otages que nous sommes sont maintenant en droit d’exiger de vraies réponses.
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