Edito. La pointe de l’iceberg
La moitié des médecins suisses disent avoir pratiqué l’euthanasie active indirecte.
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Une femme de 73 ans, en bonne santé, veut mourir avec son mari atteint d’une maladie incurable. Cette ressortissante canadienne fait appel à Dignitas et à son fondateur controversé Ludwig Minelli. Emoi dans les médias anglo-saxons: cette semaine, on parle une fois encore de l’exception helvétique en matière d’assistance au suicide. Et de ce qu’on appelle désormais le tourisme de la mort.
Comme le montre notre sondage, une très large majorité des Suisses défend le droit de choisir sa propre fin. Une décision considérée comme individuelle. Près de 40% des personnes interrogées pourraient y recourir si elles devaient être fatiguées de la vie! Médecins, éthiciens, politiques... se disent surpris par la netteté de ces résultats. Le suicide n’est plus tabou, observe l’un. Nous vivons une révolution silencieuse, ajoute l’autre. Dans notre pays, la valeur d’autonomie personnelle est sacrée, d’accord. Mais où placer la limite ( lire l’article de Florence Perret)?
La question se pose quand Dignitas prétend aider des personnes valides ou, autre cas, victimes de maladies psychiatriques comme la dépression. Est-ce défendable? Dans le canton de Vaud, une initiative vise à autoriser l’aide au suicide dans les EMS. Mais selon quels critères?
Jusqu’ici, nous avons nagé en plein vide juridique. Ce printemps, la conseillère fédérale Eveline Widmer-Schlumpf dira comment elle veut le combler. Enfin! Pas question d’interdire les organisations comme Exit ou Dignitas. Pour éviter les dérapages, il s’agira d’abord de créer un cadre légal pour mieux les contrôler. Il faudra aussi améliorer la formation des accompagnants, parfois mal préparés. Est-ce suffisant?
Personne ne conteste la nécessité de réglementer l’aide au suicide. Mais ce n’est là que la pointe de l’iceberg. Pendant que l’on débat de cas très médiatiques, pendant que l’on s’insurge contre le business de la mort, on omet de parler des milliers de médecins et de soignants qui, chaque jour, font face à des patients en fin de vie. Les chiffres, là encore, sont impressionnants: la moitié des praticiens disent avoir eu recours à ce qu’on appelle l’euthanasie active indirecte. Par exemple en administrant de la morphine à des cas désespérés pour atténuer leurs souffrances ( lire l''article).
Si l’Académie suisse des sciences médicales surveille déjà ces différentes pratiques, celles-ci ne font pas l’objet d’une réflexion suffisamment approfondie. Manque une approche globale. Les médecins sont demandeurs... et ambivalents. C’est compréhensible: ils ont été formés pour guérir leurs patients. Aujourd’hui, on exige aussi d’eux qu’ils soulagent sans forcément sauver. Quel changement!
L’augmentation de l’espérance de vie ne va pas ralentir, bien au contraire. Et avec elle la remise en cause de certains repères. La possibilité de pouvoir, dans des conditions bien particulières, choisir le moment de sa mort est un progrès. Ce peut être aussi un terrible engrenage. Oui, où placer la limite? On parle déjà de «suicide de confort». Quelle terrible expression. La banalisation guette. Et, avec elle, un recul de civilisation.
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