Edito. La tentation provinciale
Genève va-t-elle freiner la Suisse romande?
Cette semaine, une étude du Credit Suisse classait les cantons selon leur attractivité économique. Malgré une fiscalité pesante, Genève s’en sort bien et manque de peu le podium occupé par Zoug, Zurich et Bâle. Parce qu’elle offre une main-d’œuvre qualifiée en abondance. Parce que ses moyens de transport, ses liaisons avec le reste du pays et l’international sont jugés de qualité. Viva Geneva! Quelle ironie! Le même jour, les opposants au CEVA, le futur réseau RER de l’agglomération franco-genevoise, déposaient les 12 000 signatures de leur référendum. Cette coalition réunit des représentants de la droite rétive, quelques sympathies libérales, des habitants des quartiers touchés par les travaux et une brochette d’irréductibles quérulents. Ils sont parmi ceux qui, avec la gauche troglodyte, contribuent à bloquer Genève. Dans le canton de Vaud, qui soutient le projet du CEVA et milite pour une allocation rapide des fonds de la Confédération (550 millions de francs), on s’arrache les cheveux. On désespère de cette collaboration intercantonale si prometteuse et pourtant déjà mise à mal. Le président du Gouvernement vaudois, Pascal Broulis (lire son portrait en page 21), en tête. A Berne et aux CFF, l’art consommé des Genevois de manquer les trains suscite aussi l’incompréhension. Car, même si le référendum est rejeté par le peuple, un temps précieux a d’ores et déjà été perdu dans la construction de ce réseau ferroviaire pourtant essentiel à la qualité de vie, mais aussi au dynamisme économique de la région lémanique. Le problème, c’est que tout se tient: sans transports publics performants, plusieurs autres grandes réalisations ne verront pas le jour. Le conseiller d’Etat Mark Muller a mille fois raison quand il dit: «Nous sommes face à un choix de société. Est-ce qu’on veut que Genève continue à se développer ou sommesnous prêts à bloquer tout projet d’urbanisme avec, pour conséquence, une perte d’attractivité de Genève et une réduction du niveau de vie?» Ces blocages sont d’autant plus rageants que les initiatives enthousiasmantes se multiplient. Par exemple ce pôle de recherche en neurosciences, une sorte de CERN du cerveau qui devrait s’installer à la Jonction. Sans oublier l’indispensable extension du siège de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), soumise elle aussi au vote populaire (lire en page 35). La pénurie de logements pourrait être, elle-aussi, réglée. A condition que les Neinsager de tout poil cessent leurs jeux dangereux. Que faut-il pour libérer Genève de ses vieux démons? Une culture urbanistique et des transports publics, comme à Zurich? D’authentiques intellectuels bâtisseurs qui, à l’instar des architectes bâlois Herzog et de Meuron, ont remodelé leur ville, en imaginant, par exemple, le campus Novartis? Une capacité à passer à l’acte comme Lausanne avec son M2, le nouveau quartier du Flon et l’extraordinaire développement de ses hautes écoles? Peut-être s’agit-il simplement de donner plus de place à cette génération montante qui se mobilise et nourrit une ambition nouvelle pour son canton? (Lire en page 28.) Genève (et avec elle l’ensemble de la région romande) est en effet confrontée à un choix crucial. Son maintien dans la ligue des métropoles européennes et mondiales. Ou la régression provinciale.
| Dossier 'Canton de Genève' | | |
Tags: Alain Jeannet, Editorial,
|
|