Edito. Le bonus qui fait déborder le vase
Un manque de sensibilité politique qui confine à l’autisme.
C’est la faute aux médias! Ce reproche, nous l’avons entendu à plusieurs reprises, lors du World Economic Forum de Davos. Nous serions coupables de gonfler l’affaire des bonus de l’UBS à seule fin d’améliorer l’audimat et de vendre du papier. Toujours selon cette logique, il y aurait désormais une espèce de conjuration pour accabler les banques. Après avoir tant apporté au pays, elles seraient victimes de la détestation générale et d’une injuste chasse aux sorcières. Vraiment? Cette attitude est révélatrice d’un manque de sensibilité politique proche de l’autisme. D’une perte de contact avec la réalité, au moment où la crise financière entraîne les premières vagues de licenciements. L’injustice suprême, c’est plutôt de voir les entreprises d’exportation fermer ou mettre leurs collaborateurs au chômage partiel, alors que les salariés de l’UBS, sauvée grâce à l’aide de l’Etat, se verraient attribuer de juteux bonus. Pas étonnant que la colère gronde dans toutes les couches de la société, c’est humain. Même si la vérité est un peu plus compliquée. Notre dossier l’illustre, au-delà du cas particulier: cette crise déclenche un vaste questionnement sur les salaires. Et une réflexion sur les réformes possibles, souhaitables, prévisibles... (Lire l''article). Les banquiers sont-ils trop payés? Comment se comparent-ils aux salariés des autres secteurs? Faut-il remettre en cause la pondération des parts fixes et variables de la rémunération? Il est un peu tôt pour donner des réponses définitives. Avec une baisse des bénéfices (et parfois l’accumulation de pertes abyssales), on verra toutefois, c’est évident, une pression forte sur les salaires pratiqués dans la branche. De Zurich à Wall Street, les plus lucides des banquiers admettent aussi qu’ils doivent faire face à «une faillite morale», selon l’expression du magazine The Economist. L’affaire des bonus de l’UBS souligne enfin les carences de la FINMA, l’héritière de feu la Commission fédérale des banques. Comme le montre l’enquête de notre rédacteur Yves Steiner, on peut légitimement s’interroger sur son indépendance. On rappellera qu’elle est présidée par Eugen Haltiner, un ancien directeur de l’UBS, poussé par le conseiller fédéral Hans-Rudolf Merz. On soulignera qu’elle est largement sous-dotée et peine à recruter les experts les plus qualifiés. Elle fait de plus preuve d’une opacité stupéfiante: ses contacts avec la presse sont limités au minimum. Comme ses trop rares tentatives d’explications. Pas étonnant qu’elle provoque de coûteux pataquès (lire l''article). Capitale mondiale de la gestion de fortune, la Suisse se doit d’avoir un système de surveillance impeccable. De même qu’elle a fait des efforts considérables pour combattre le blanchiment d’argent sale, il y a quelques années, elle pourrait aujourd’hui jouer, sur le plan international, un rôle de pionnier. Et positionner la place financière suisse en modèle. Une révolution culturelle? Non, un retour aux valeurs traditionnelles.
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