Edito. Le cancre vaudois
En matière d’enseignement bilingue, le Valais reste le modèle à suivre.
Qu’on rêve d’un poste de conseiller fédéral, d’une carrière de grand banquier ou d’un job de chauffeur de bus dans l’agglomération zurichoise, difficile de se passer de l’allemand. L’échec de Pascal Broulis sur la route de Berne rappelle cette vérité cruelle à ceux qui l’auraient oubliée. Et ce n’est pas l’anglais qui remplacera la connaissance d’une deuxième langue nationale. En tout cas pas avant plusieurs générations. De la mésaventure broulisienne, il ne faut cependant pas conclure à l’existence d’une régression linguistique de tous les jeunes Suisses. C’est même plutôt le contraire: depuis quelques années, les possibilités d’immersion et d’échange se sont multipliées. Un nombre croissant d’étudiants romands profitent du programme Erasmus pour s’offrir un bain culturel à Munich ou à Berlin. Dans les gymnases, la cote de la maturité bilingue est à la hausse. Quant aux apprentis (et aux jeunes chômeurs), ils ont eux aussi, désormais, la possibilité de suivre un stage linguistique de six mois. Et cela, dans leur domaine de compétences. Un sacré plus, en période de conjoncture morose (lire l’enquête de Tasha Rumley en page 44). Non, le problème, c’est que la poussée bilingue est encore trop timide. Surtout, elle est inégalement répartie, tant les cantons romands ont, en la matière, des ambitions et des politiques différentes. Le Valais apparaît clairement à l’avant-garde, de l’école enfantine au secondaire supérieur. Sans oublier la formation des enseignants francophones qui, indépendamment de leur branche, ont l’obligation de passer une année à Brigue. Essentiel: on peut disserter longtemps sur l’éducation bilingue. Si l’école manque de profs à l’aise dans au moins deux langues, la panne est programmée. C’est, justement, l’un des problèmes du canton de Vaud. Parce qu’il ne peut pas, comme le Valais ou Fribourg, puiser dans un réservoir important de maîtres germanophones. Parce qu’il ne profite pas, comme le Jura, d’une grande proximité d’un canton alémanique. Mais aussi parce que la volonté politique semble encore faire défaut, de même que l’enthousiasme pour l’aventure bilingue chez la plupart des enseignants, le plus grand des cantons romands reste à la traîne. Surprise: même Genève fait mieux (voir notre tableau comparatif en page 46)! Une fois ses blessures cicatrisées, Pascal Broulis pourrait donner une nouvelle impulsion à ce projet essentiel. Vaincre les résistances. Imaginer un plan de relance linguistique. Dans son canton et, pourquoi pas, pour l’ensemble du pays. Le président du Conseil d’Etat est bien placé: personne ne sait mieux que lui ce qu’il en coûte d’être victime du syndrome du petit village vaudois.
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