Edito. Le doute
Le meurtre de Lucie relance le débat sur le travail de la justice.
Lucie, une adolescente comme les autres, nourrie de rêves et de joyeux projets, révélée par une photo et les souvenirs émus de ses proches. Un jeune homme violent, récidiviste psychopathe, qui prend par surprise sa victime. On aimerait croire à la fatalité. A un enchaînement absurde des faits ( lire le récit de Sabine Pirolt). Un jeune homme timide et renfermé, Tim K., possédé par une folie incompréhensible, qui mène à son terme, sans trembler, son équipée dévastatrice. Et qui laisse sur le sol ensanglanté quinze personnes avant de se donner la mort. Une semaine après le drame, ses parents demandent pardon: «Nous étions jusque-là une famille normale.» Pourquoi eux et pas nous? ( Lire l’article de Florence Perret.)
Mais voilà, si certains ressorts de ces deux drames paraissent incompréhensibles, d’autres sont, rétrospectivement, plus faciles à expliquer. Ils relancent le débat sur l’appareil judiciaire. Et les moyens de prévenir la répétition de ces tragiques faits divers.
Le meurtre de Lucie révèle en tout cas une suite de dysfonctionnements spectaculaires. Des psychiatres peu perspicaces. Une assistante sociale dépassée, peut-être surchargée. Une clinique de désintoxication qui renvoie chez lui le futur meurtrier, alors même que le manque de ponctualité est un signe bien connu de récidive. Un scandale. On peut aussi s’indigner de la légèreté de la peine appliquée à Daniel Hofmann, le bourreau de Lucie, en 2003: quatre ans de détention, c’est peu pour une tentative de meurtre. Traçant des parallèles avec d’autres cas, certains criminologues, comme le professeur Martin Killias, affirment qu’on assiste depuis quelques années à une banalisation par la justice des cas de violence graves. Un signal délétère pour des jeunes en panne de repères. Faut-il alourdir les peines? Devrait-on encore durcir le droit des mineurs? Et abaisser l’âge de la majorité pénale de 18 à 16 ans? Sans doute.
Rappelons toutefois que le nouveau Code, entré en vigueur en 2007, marque un net durcissement pour les crimes graves. La plupart des outils juridiques nécessaires existent. Ils ne sont simplement pas toujours utilisés à bon escient. De même, les moyens de suivi et d’aide à la réintégration souffrent, dans la plupart des cantons, d’un manque cruel de ressources financières et de personnel compétent.
On aimerait mener cette discussion de manière rationnelle. Il n’est pas sûr que ce puisse être le cas. A la suite des récents faits divers, l’émotion monte. Sur Facebook, de jeunes internautes n’hésitent pas, par exemple, à évoquer la peine de mort. Et, plus largement, le besoin d’une répression accrue. La question sera posée, tôt ou tard. Elle est assez simple: pour des motifs de sécurité, le doute devrait-il avant tout profiter à la société? Ou, comme aujourd’hui, à l’accusé?
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