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Edito. Le généraliste

Par Alain Jeannet - Mis en ligne le 12.02.2009 à 06:00

Plus utile que jamais, il garde une vue d’ensemble sur un patient «éclaté».

 

UN SEUL «HEBDO», DEUX COUVERTURES
Nous publions cette semaine un dossier spécial Valais, à l’occasion d’une élection particulièrement révélatrice. Ce sujet est présenté en une de notre magazine, mais seulement pour nos lecteurs valaisans, abonnés et acheteurs en kiosque.
Pour le reste de la Suisse, nous mettons en avant notre enquête sur la pénurie de médecins généralistes.
L’idée est tenace. Nous souffrons en Suisse d’une pléthore de médecins. Et si les coûts de la santé explosent, c’est leur faute. Du moins en partie. Conséquence, il faut introduire un numerus clausus à l’entrée des facultés. Et geler l’ouverture de nouveaux cabinets médicaux. Cette décision, le Conseil fédéral l’a d’ailleurs prise dans l’urgence en 2002.

Seulement voilà: depuis, la tendance s’est inversée. Bien sûr, on ne manque (du moins pas encore) ni de chirurgiens ni de dermatologues. En revanche, les services de psychiatrie sombreraient dans le chaos sans l’engagement massif de professionnels étrangers. Et posez la question autour de vous: pas facile de se faire accepter comme nouvelle patiente chez un(e) gynécologue. La situation est particulièrement préoccupante en médecine générale: si, dans les villes, la pénurie est programmée pour demain ou après-demain, elle est aujourd’hui déjà une réalité à la campagne.

Dans son enquête, notre rédactrice Julie Zaugg souligne le désamour des jeunes pour ce métier de généraliste, les horaires d’enfer, un salaire inférieur à la moyenne de la profession (195 000 francs par an). Elle montre aussi qu’il existe des façons d’y remédier: incitations fiscales et financières, aide aux études, voire paiements directs, comme pour les paysans. Sans oublier la levée du moratoire sur les nouveaux cabinets (lire l''''article).

Pour une fois, tous les protagonistes de la santé sont d’accord, y compris Pascal Couchepin. Il faut donner aux cantons la marge de manœuvre pour répondre aux besoins particuliers de chaque région. Seules les caisses maladie font barrage. Elles parlent volontiers de «soviétisation» du système. On ne comprend pas bien le fond de leur argument, sinon qu’elles cherchent à préserver leur pouvoir. Pendant ce temps, on prend du retard. Un chiffre, un seul: en Suisse romande, 60% des généralistes ont plus de 55 ans!

Pour éviter le pire, il est urgent de revaloriser la profession. Par des décisions politiques claires. Par des efforts de formation. Par des mesures matérielles qui permettent de meilleures conditions de vie. Mais pas seulement. Parce que le médecin de famille est le seul à garder une vue d’ensemble sur un patient «éclaté», qui le plus souvent profite d’une médecine toujours plus pointue et hyperspécialisée, mais qui en est parfois aussi la victime. Parce qu’il suit ce dernier sur la durée, il n’a jamais été aussi important. Soucieux de branchitude, certains voudraient lui coller le label de «coach-santé». Inutile effort cosmétique. Un mot suffit à exprimer la beauté de cette vocation: généraliste.

 

 





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