Un empire sur lequel le soleil ne se couche jamais. Quelque 283 000 collaborateurs, actifs jusqu'aux confins de l'Amazonie, du Pakistan, de la Zambie... Une épicerie globale, une tour de Babel, où l'on échange dans toutes les langues. Et un chiffre d'affaires enregistré à près de 99% à l'étranger. A force de ne voir en Nestlé que le monstre multinational, le plus emblématique de tous, sans doute, on en était venu à oublier son importance pour la Suisse. Erreur de perspective.
Parce qu'il continue de créer, ici, des centaines d'emplois industriels, comme en témoigne l'inauguration, cette semaine, d'une nouvelle usine Nespresso, à Avenches. Parce qu'il concentre à Vers-chez-les-Blanc, à Orbe, à Konolfingen... près de 20% de ses efforts de recherche et développement. Parce qu'il continue de croître, quand d'autres battent de l'aile, le groupe veveysan n'a jamais autant compté pour son pays d'origine, comme l'explique notre rédacteur Philippe Le Bé (lire en page 16).
On s'est parfois gaussé de la culture Nestlé. Du caractère un brin sectaire de cette société, où l'on entre comme dans les ordres. Cette préférence systématique accordée aux collaborateurs de longue date au détriment des nouvelles recrues. La modestie de la posture et la certitude, pourtant, de mener une mission civilisatrice. La longévité des hauts dirigeants, quasi cubaine, alors que, dans beaucoup d'autres entreprises, les CEO valsent aussi vite que les entraîneurs de foot. Une stabilité qui tranche avec les pratiques en vogue, mais qui s'avère diablement payante, si l'on en juge par les résultats. Cette culture d'entreprise passait pour ringarde, du coup, elle est à l'avant-garde.
Mais ne nous fourvoyons pas: l'agroalimentaire traditionnel s'est métamorphosé en une industrie à fort contenu high-tech. L'actuel président, Peter Brabeck, a révolutionné l'organisation de son groupe, cassant les baronnies des marchés nationaux. Résultats? Des économies de quelque 6 milliards par an. Le même Brabeck a décidé de miser à fond sur la nutrition, la santé et le bien-être. Il pousse les collaborations avec les universités et les hôpitaux de la région. Avec, comme objectif, de comprendre le lien entre l'alimentation et le fonctionnement du cerveau ou les mécanismes du vieillissement. Haro sur les radicaux libres et le cholestérol! La responsabilité sociale de l'entreprise? C'est désormais une autre priorité. Et pas seulement en théorie, comme en témoigne l'engagement du groupe dans le cadre onusien. Voilà pourquoi on peut parler de modèle Nestlé. Sens du long terme et de la mesure, honnêteté, fiabilité... Si nos grandes banques, en s'internationalisant, ont par moments oublié quelques-unes des qualités helvétiques cardinales, le géant multinational basé à Vevey s'en fait aujourd'hui un défenseur éloquent. Tant mieux: la Suisse n'a jamais eu si grand besoin d'ambassadeurs.
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