Edito. Le sens du Monopoly.
Après la presse écrite, les médias de service public ne seront pas épargnés par le maelström.
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Disons-le d’emblée: la reprise du groupe Edipresse par Tamedia est une bonne nouvelle. Dans le scénario le plus noir, on aurait pu trouver dans le rôle de l’acheteur un raider impatient de dépecer sa proie pour la revendre par morceaux et en tirer de juteux profits. Un éditeur sans attache avec la Suisse et peu soucieux d’ancrages régionaux. Au lieu de cela, le groupe vaudois, propriétaire de titres comme Le Matin, 24 heures ou la Tribune de Genève, s’allie à une maison de presse zurichoise, connue pour la détermination de son management. Et une longue tradition de qualité.
Bien sûr, comme dans toutes les industries, il n’y a pas de fatalité à la concentration et au regroupement des entreprises. Les fusions n’obéissent à aucune loi naturelle. Dans le cas précis et en raison des difficultés économiques actuelles, cet accord représente pourtant la moins mauvaise des solutions ( lire l’enquête de Roland Rossier et Patrick Oberli).
Sans doute, la bataille délétère entre les deux journaux gratuits romands (Le Matin Bleu, propriété d’Edipresse, et 20 minutes, lancé par Tamedia) aura joué le rôle d’accélérateur. On sait d’ailleurs que, partout dans le monde, neuf quotidiens gratuits sur dix perdent de l’argent. Ils ne constituent très vraisemblablement qu’une transition vers les fast news servies sur le net. Mais les raisons du rachat sont plus fondamentales.
Les médias subissent en effet des pressions conjoncturelles terribles (les recettes de la publicité sont en fort recul). Des transformations structurelles comparables au passage de la calèche au chemin de fer sont à l’œuvre. Les impacts d’internet ont été moins rapides que prévus, mais ils seront encore plus profonds que ceux anticipés. Voilà pourquoi, alors que la récession s’annonce brutale et durable, la Commission de la concurrence (Comco) ne devrait pas s’opposer à ce mariage quasi providentiel.
Les médias de service public ne seront pas épargnés par le maelström. Et on parlera beaucoup, ces prochaines semaines, de la fusion des radios et des télévisions de la SSR. En Suisse romande comme outre-Sarine. Car même si elles souffrent moins de la crise et peuvent se reposer sur la stabilité inoxydable de la redevance, elles ne seront pas éternellement à l’abri de décisions radicales. D’ici à l’été, la SSR pourrait ainsi créer une nouvelle entreprise multisite et multimédia, basée à Lausanne et à Genève. Si le feu vert est donné, cette nouvelle entité devrait être dirigée par Gilles Marchand, l’actuel directeur de la TSR. Reste à déterminer, au-delà du jeu des organigrammes et des rationalisations, quelles seront, au final, les conséquences sur les journalistes, sur le contenu des programmes. Et sur la qualité de l’information.
Comme pour les mouvements dans la presse écrite, on touche là à une dimension essentielle de l’identité culturelle suisse et romande. Si ce gigantesque jeu de monopoly doit avoir un sens, c’est le suivant: permettre au bon journalisme de se développer, de se réinventer. Et, avec lui, une démocratie vibrionnante.
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