Pour ceux qui pariaient sur une métamorphose du dragon en démocratie modèle, pour les optimistes (ou les naïfs?) qui attendaient une révolution en matière de droits de l’homme, pour les passionnés de sport qui prenaient à la lettre le slogan «One World One Dream», le réveil est plutôt brutal à l’heure des feux d’artifice. Malgré les promesses, la Chine contrôlera au maximum la couverture des JO de Pékin. Censure, arrestations...
De manière préventive, elle emprisonne les dissidents et les blogueurs jugés subversifs. Comme le jeune et courageux informaticien Hu Jia. Sans oublier la paranoïa, les mesures sécuritaires abusives, à la suite des événements du Tibet et du Xinjiang. Autre mauvaise surprise, la pollution, alors qu’on nous promettait des Jeux «verts»... Les dirigeants chinois tentent l’impossible. Mais on sait d’ores et déjà que leurs velléités environnementales seront de toute façon limitées dans le temps: gaspilleuse fantastique de pétrole, de fer, de charbon, la Chine restera pendant des décennies le plus gros producteur mondial d’émissions de CO2.
Et puis, la grand-messe olympique se fait trop souvent au détriment des habitants et des petits commerçants de la capitale. Ils sont les victimes des grands desseins urbanistiques et architecturaux du pouvoir, comme le montre le reportage de Virginie Mangin ( voir lien). Devrait-on pour autant boycotter les Jeux? Aurait-il fallu, en 2001, commencer par ne pas les attribuer à la Chine? Absurde. On ne peut laisser au ban des nations un pays qui compte 1,3 milliard d’humains. Simplement, il faut tenter de comprendre quels sont, derrière les écrans de fumée propagandistes, les vrais objectifs de la Chine. Ne pas se laisser aveugler par les discours et les ruses de circonstance. Tenter d’imaginer l’après-JO.
Premier scénario, avancé par ceux qui croient à une sorte de «package» démocratique où l’on trouverait, inextricablement liés, le multipartisme, les droits humains, le capitalisme de marché et l’Etat de droit.
Dans cette logique, la Chine devrait, de manière presque mécanique, se libérer de ses anciens démons. Et rejoindre rapidement le concert de la modernité globale. Comme la Corée, après les Jeux de Séoul en 1988. Cette vision pèche sans doute par ethnocentrisme et méconnaissance de l’histoire chinoise. Deuxième scénario, le plus probable. Et aussi le moins réjouissant pour les défenseurs convaincus de la démocratie libérale et multipartite. La Chine, grâce à un alliage d’autoritarisme et de capitalisme, peut faire valoir le plus grand bond économique de tous les temps.
En conséquence, son ambition transcende, justement, la pure économie, elle ne vise pas non plus l’expansion de sa puissance militaire (hard power). Plus important, elle se pose en rivale du modèle de société et des valeurs occidentales (soft power). Ne pas comprendre cette volonté de séduction universelle, c’est se préparer à beaucoup de désillusions. Et de mauvaises surprises.
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