Faut-il parler de déni de réalité? Ou la Suisse serait-elle, comme par miracle, immunisée contre le virus des grandes faillites bancaires? Jusqu’à la semaine passée, on voulait croire le mal circonscrit aux Etats-Unis. Avec le naufrage de plusieurs grandes banques européennes, ce qui paraissait improbable devient une certitude: personne n’est à l’abri. Bien sûr, on se préoccupe depuis plusieurs mois des problèmes d’UBS.
Le président du Parti radical, Fulvio Pelli, a même demandé en juin au Conseil fédéral quelle serait sa stratégie en cas de tentative de rachat de la première banque suisse. Il n’a pas reçu de réponse. Pourquoi?
Parce que les autorités ne veulent pas affoler le public. Parce qu’elles craignent une récupération politique. Comme le montre notre enquête, le Conseil fédéral a des contacts continus avec la Banque nationale suisse, la Commission fédérale des banques et la direction des grands établissements. Mais rien ne transpire ( lire l''article suivant). Pendant ce temps, on s’étripe sur l’interdiction de la fumée dans les lieux publics.
Les parlementaires sont comme obnubilés par les déboires (et les intentions) de Samuel Schmid. En termes financiers, le naufrage d’un établissement bancaire serait pourtant sans commune mesure avec le programme d’armement défendu par le malheureux ministre. Mais qui se soucie des vraies priorités? Le silence des politiques est assourdissant.
Depuis le début de la crise, la discussion est paralysée par le traumatisme de Swissair. La tentative de sauver la compagnie nationale apparaît rétrospectivement comme un sacré ratage. Et les 2 milliards de francs publics investis à perte restent en travers de la gorge des Suisses. A juste titre. De là à penser qu’une intervention de l’Etat se solderait forcément par un désastre, il n’y a qu’un pas. Mais serait-ce le cas?
Au lieu d’esquiver le débat public, il aurait fallu l’embrayer depuis longtemps et tenter de désamorcer les réflexes purement idéologiques. Par exemple, cette opposition de principe à ce qu’on appelle un peu rapidement «nationalisation» lorsqu’on parle de la prise de contrôle de plusieurs établissements bancaires aux Etats-Unis et en Europe.
Aujourd’hui, ce terme n’a en effet pas le même contenu (et la même finalité) que dans l’après-guerre.
Ou dans les années 80, au moment de l’arrivée de Mitterrand au pouvoir. L’objectif n’est pas, cette fois, d’étatiser durablement les banques... mais de les sauver. Pour les reprivatiser dans les meilleurs délais. Et, pourquoi pas, avec un profit?
La Suisse doit se préparer à réagir à d’éventuelles faillites bancaires. Il faut de toute évidence explorer plusieurs pistes qui doivent faire l’objet d’une large concertation. Ne serait-ce que, parce que le moment venu, il faudrait trouver une majorité politique. Le plus dangereux, ça n’est pas la discussion. Mais l’attentisme, l’improvisation, le manque de communication, les calculs bassement politiciens, le manque de vision. Comme dans le drame de Swissair.
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