On l’attend comme le messie. Pendant sa campagne, il a souvent parlé du conflit israélo-palestinien. Et, maintenant, il se tait. Les avions et les chars de Tsahal bombardent Gaza, un territoire à peine plus grand que le canton de Genève, entouré de barbelés, où 1,5 million de personnes s’entassent. Folles d’angoisse. Désespérées. Mues par la haine de ceux qui n’ont plus rien à perdre. Un tiers des victimes sont des enfants. Et Barack Obama est aux abonnés absents. Pourquoi?
Il ne s’installe à la Maison-Blanche que le 20 janvier prochain, l’équipe Bush se fend (enfin) d’un appel à un cessez-le-feu immédiat, c’est l’explication officielle. Elle peine à convaincre. Il faut se rendre à l’évidence: la nouvelle administration ne va pas changer radicalement de politique. Si l’emballage et le ton peuvent évoluer, le soutien à Israël ne mollira pas sur le fond. Du moins pas dans l’immédiat. Le nouveau président ne prendra pas le risque d’entamer son mandat par un flop. Prudence, il est urgent de gagner du temps!
Vrai, la situation a rarement été aussi embrouillée. Elle n’est pas comparable en tout cas à celle héritée par Bill Clinton dans les années 90. Il y avait alors, à la tête d’Israël, une figure héroïque, Rabin, bientôt éliminé pour avoir voulu la paix. Et Arafat, un leader clairement identifiable à défaut d’être fiable. Et dont la pirouette de dernière minute intrigue près de dix ans après. Aujourd’hui, le monde arabe est plus divisé que jamais, tout comme les Palestiniens, même si le déluge des bombes israéliennes réconcilie les frères ennemis (lire le reportage de Pauline Garaude).
On peut se moquer de l’activisme de Sarkozy, de son inclination à s’agiter sans consulter ses partenaires. Au moins, il se bat pour faire cesser l’horreur, à l’heure où les sinistres clowns tchèques, qui lui succèdent à la présidence européenne, révèlent leur incurie. Sans doute le locataire de l’Elysée ne rééditera-t-il pas l’exploit accompli avec le cessez-le-feu entre la Russie et la Géorgie. Il peut se targuer néanmoins de réintroduire dans le jeu les exclus d’hier, comme la Syrie (lire aussi l’interview de Christian Chesnot en page 18).
La Suisse? Avec les Egyptiens, les Norvégiens, les Russes et les Turcs, les diplomates helvétiques sont les seuls à entretenir des contacts directs avec le Hamas. Une organisation terroriste? Indubitablement. Mais légitimée par les urnes. Et qui jouit d’un soutien croissant dans la population de Gaza. L’Initiative de Genève qui, si elle a été torpillée comme telle, continue de fournir un cadre incontournable à tout règlement au Moyen-Orient. Et ça n’est pas parce qu’ils adoptent un profil bas que les ambassadeurs de la Confédération sont inactifs (lire en page 17).
A plus long terme toutefois, pas de solution sans les Américains. Voilà pourquoi le nouveau président ne peut rester éternellement silencieux. Et, s’il caresse le rêve d’une Pax Obama d’Afghanistan en Irak, en passant par l’Iran, l’enfer de Gaza fait partie de l’équation. Comme les combattants du Hamas.
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