EDITO
Edito: Redécouvrir Londres
Mis en ligne le 04.01.2012 à 11:39
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En 2012, tous les yeux seront rivés sur Londres. L’occasion de redécouvrir cette capitale, qui dispute à Paris le titre de ville la plus visitée du monde (lire en page 10 de la version papier le dossier de Julie Zaugg, qui s’y est établie depuis quelques mois). Pour la troisième fois l’été prochain, Londres aura le privilège d’accueillir les Jeux olympiques. En 1908, les joutes furent l’occasion de célébrer l’entente cordiale franco-britannique. En 1948, elles furent autant un hommage à la vaillance de l’île qui avait tenu tête à Hitler, que l’aspiration au retour à la normale après le carnage de la Seconde Guerre mondiale. De quoi les Jeux de 2012 seront-ils le symbole?
Juste avant Noël, le CEBR (Centre de recherche économique britannique) a annoncé que, en 2011, le Brésil a ravi à la Grande-Bretagne la place de sixième économie mondiale. Un de ces indices impitoyables de renversement des anciennes hiérarchies. En visitant Londres, les spectateurs des olympiades pourront lire dans ses différents quartiers un condensé de l’histoire récente et de ses contradictions. Le faste persistant de la royauté (Elisabeth II fêtera ses 60 ans de règne), l’insolente volonté d’hégémonie de la City, mais aussi le bilan cru de la désindustrialisation. Le stade olympique a été érigé sur les décombres des immeubles miteux de l’East End, ravagé par un chômage endémique. Daniel Ritterband, le directeur du marketing des JO pour la ville de Londres, l’avoue: «Lorsqu’un pays organise les JO, il a toujours un message à faire passer. La Russie et la Chine ont voulu montrer qu’elles étaient des puissances mondiales avec lesquelles il va désormais falloir compter. L’Australie a cherché à se présenter comme une destination touristique. Pour nous, l’enjeu se trouve du côté de l’héritage que les Jeux peuvent laisser dans une partie de Londres qui a cruellement besoin d’investissement.»
Que Londres doive recourir aux Jeux olympiques et à des investisseurs extérieurs pour offrir de nouvelles perspectives d’avenir à ses chômeurs en dit long sur les maux de l’économie britannique et le déclin d’une des nations parmi les plus puissantes et les plus influentes du monde. Il y a plus de trente ans déjà que Margaret Thatcher imposa son modèle de croissance ultralibéral, orienté sur la City et les gains à court terme, et réduisant l’interventionnisme honni de l’Etat à presque rien. Plus les années passent, et plus le bilan de ses choix dogmatiques s’avère lourd. Les Britanniques, comme tous ceux qui ont copié la recette, n’ont pas fini d’en payer les noirs dividendes.
En se désolidarisant des Européens, comme le fit naguère la Dame de fer lorsqu’elle exigea le remboursement de l’argent versé à la Communauté, en appliquant une rigueur budgétaire draconienne, le premier ministre David Cameron se montre un piètre imitateur. On peut parier, dès lors, que les Jeux donneront à l’économie britannique un répit momentané mais ne marqueront pas la rupture régénératrice dont aurait besoin le pays qui inventa la révolution industrielle, c’est-à-dire la prospérité moderne.
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