Edito. Sur nos monts, quand Solar impulse
Piccard tranche sur l'écologie fondamentaliste ou gnangnan.
Le voilà enfin dévoilé, cet avion aux proportions démesurées. Les premiers essais de vol? Dans quelques semaines à l'aérodrome de Dübendorf, puis à celui de Payerne, dès l'automne prochain. Rien n'est gagné, bien sûr. Dans cette aventure, l'incertitude règne en maître, comme nous le rappelle Bertrand Piccard. Mais, quoi qu'il advienne, celui qui a déjà réussi le tour du monde en ballon est bien parti pour positionner la Suisse en acteur de la révolution énergétique à venir: « Sur nos monts, quand Solar Impulse...» A sa manière, ce projet renoue d'ailleurs avec les pionniers de la fin du XIXe siècle. Souvenons-nous des industriels visionnaires qui ont creusé les premiers tunnels sous les Alpes et créé des entreprises rayonnant dans le monde entier. Solar Impulse, c'est à la fois la capacité de voir grand - une ambition affichée - et cette volonté de résoudre les innombrables problèmes pratiques. Avec rigueur et ténacité. Le meilleur de ce qu'offre la Suisse (lire le récit d'Elisabeth Gordon en page 30). Surtout, Bertrand Piccard (et son équipe) tranche sur le fondamentalisme vert et une vision gnangnan de l'écologie. Economie et développement durable ne sont pas antagonistes, bien au contraire. Il y a des dizaines, des centaines de milliers de nouveaux jobs à créer. Considérée comme une Mecque de la propreté, la Suisse serait en principe prédestinée à s'investir à fond dans ces domaines nouveaux - ne parle-t-on pas de «clean tech»? Mais, pour l'heure, on est loin du but. Fort heureusement, les défenseurs d'une stratégie écologique offensive sont de plus en plus nombreux. Ils se recrutent dans toutes les familles politiques. Ancien président du Parti socialiste, Peter Bodenmann souligne le dynamisme des grands groupes allemands et leur projet de produire 10 à 15% de la consommation européenne d'électricité grâce au soleil du Sahara. La Suisse devrait s'inspirer de cet exemple et monter dans le train (lire sa chronique enpage48). Possible candidat à la succession Couchepin, le jeune radical genevois Pierre Maudet souligne, lui: «C'est à l'Etat de favoriser l'innovation dans ce domaine grâce à une fiscalité incitative ou à des fonds de relance.» (Lire en page 20.) Le tout nouveau président de l'Association suisse des banquiers, Patrick Odier, ne dit pas autre chose. Celui qui est désormais la voix de la place financière helvétique propose un Green New Deal à la Suisse. Nous avons besoin d'une «véritable politique industrielle», nous confiait-il, dans une interview récente («L'Hebdo» du 5 mars 2009). On aimerait entendre ce discours dans la bouche de notre ministre de l'Energie et des Transports, Moritz Leuenberger. Comme on rêverait de trouver dans son action le souffle et la détermination d'un Piccard. Mais le doyen du gouvernement est bien trop occupé à s'accrocher au pouvoir. Et il semble décidé, contre toute décence, à retarder la date de son départ. Répétons néanmoins ce que nous disions en couverture de ce magazine, la semaine passée: Monsieur le Conseiller fédéral, laissez votre siège. Pour le bien de vos concitoyens!
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