La crise des subprimes aux Etats-Unis a longtemps paru bien lointaine aux petits épargnants suisses. Bien sûr, nous avons tous été directement ou indirectement touchés, comme membres d’une caisse de pension ou comme cotisants AVS, par la dégringolade d’UBS ou du Credit Suisse. Mais les actions des deux grandes banques helvétiques, même si elles ont perdu une bonne partie de leur valeur en moins d’un an ne sont néanmoins pas complètement parties en fumée.
Avec la faillite de Lehman Brothers, inimaginable il y a moins de deux ans, c’est autre chose: comme le montre notre enquête, plusieurs dizaines de milliers de Suisses ont perdu leurs économies. Par exemple, cette retraitée valaisanne, dont Eric Felley a recueilli le témoignage poignant ( voir lien).
Pour les clients des banques qui ont acheté ces produits structurés sans garantie (c’est sans doute la majorité des cas), la possibilité de récupérer leurs avoirs est pratiquement nulle. Et, comme les class actions n’existent pas en Suisse, il ne leur reste que les yeux pour pleurer.
Le cas Lehman Brothers (et plus largement le krach boursier qui a suivi) donne des arguments à tous ceux qui prônent une révision des règles du jeu et, plus largement, une sorte de nouvel ordre financier mondial. En Suisse, les errements des plus grands instituts confortent ceux qui, à la tête de la Banque nationale suisse et de la Commission fédérale des banques, aimeraient renforcer les exigences en matière de fonds propres.
Avec la tempête de ces derniers jours et les dérives qu’elle révèle, le discours d’un Nicolas Hayek prend plus de relief encore. Pour le président de Swatch Group, il est grand temps que l’économie réelle et productive soit représentée à parité à la Bourse, actuellement contrôlée par les banques. Et, s’il est une entreprise de salubrité publique, c’est bien la lutte sans merci contre la culture financière anglo-saxonne ( lire L’Hebdo du 10 septembre 2008).
Et puis, l’effondrement du système bancaire américain présage un affaiblissement plus général de la puissance états-unienne. Symbole frappant, trois des quatre plus grandes banques du monde sont aujourd’hui chinoises. Une Amérique diminuée, mais néfaste pour le reste du monde et qui pourrait apparaître dans l’imaginaire collectif comme plus dangereuse que la Russie de Poutine...
Voilà pour les effets géostratégiques du séisme, réels ou fantasmés.
Pour les banques, l’affaire Lehman Brothers implique surtout qu’elles reconquièrent la confiance de leurs clients. Pour ce faire, elles devront renforcer les directives qu’elles donnent à leurs collaborateurs, remettre l’accent sur les responsabilités personnelles et, pourquoi pas, revoir certaines règles éthiques. Car, quand un petit épargnant achète des produits pourris, il y a toujours quelqu’un de l’autre côté du guichet (ou dans un salon privé) pour les lui vendre.
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