Edito. Une pilule contre les hausses
La mesure la plus efficace? La baisse rapide des prix des médicaments.
Le remède miracle? Il n’existe pas, c’est vrai. Et les hausses de primes d’assu-rance maladie annoncées cette semaine (+15% en moyenne) rappellent qu’il faudra du temps pour réformer notre système détraqué. Il existe pourtant un poste du budget santé où l’on pourrait sans délai faire des économies, celui des médicaments. Comme le révèle notre rédactrice Julie Zaugg, nous pourrions ainsi diminuer la facture globale de 1,3 milliard de francs – rappelons que nombre de médicaments sont, en Suisse, trois, quatre, voire cinq fois plus chers que dans les pays voisins (lire en page 16). On entend déjà les lobbyistes des entreprises pharmaceutiques sonner l’alarme: faire pression sur les prix, c’est diminuer d’autant le potentiel d’innovation de cette industrie. Et, comme elle reste essentielle à la vitalité de l’économie suisse, on risque de scier la branche sur laquelle on est assis. Gare au tarissement de la recherche et aux pertes d’emplois! L’argument recouvre un fond de vérité, mais il est un peu court. D’abord, les baisses des prix, comme celles étudiées par les services de Pascal Couchepin, toucheraient aussi les intermédiaires, les pharmacies, les médecins... Les Novartis et autres Roche ne seront en aucun cas les seuls à passer à la caisse. Ensuite, la Suisse est prise dans un maelström mondial. Et il ne suffira pas d’empêcher les importations parallèles et de protéger l’industrie pharmaceutique helvétique pour changer vraiment la donne. Avec la politique d’Obama en matière de santé publique, la pression sur les fabricants de médicaments est appelée à durer. Et à se généraliser. Enfin, l’industrie pharmaceutique est confrontée à une mutation technologique profonde comparable au passage de l’horlogerie mécanique au quartz. L’ère des blockbusters, ces médicaments qui rapportaient des milliards, touche à sa fin, les brevets pour les préparations vendues en masse tombent les uns après les autres. Et il devient de plus en plus difficile (et cher) de découvrir de nouvelles molécules. D’ailleurs, les géants de la pharma ont déjà infléchi leur stratégie. Par exemple en misant sur les génériques (Novartis booste sa filiale Sandoz, active dans ce domaine). Ou en mettant l’accent sur les recherches de traitement contre le cancer (comme Roche, grâce au géant des biotechnologies Genentech). De manière générale, on s’acheminera, ces prochaines années, vers des traitements plus personnalisés. Un passage, en quelque sorte, du prêt-à-porter médicamenteux au sur-mesure (lire l’interview de Stefan Catsicas en page 20). Avec ou sans pression sur les prix, comme la place financière à la suite de l’affaiblissement du secret bancaire, la pharma doit de toute façon se réinventer. Ce n’est pas aux assurés suisses d’en supporter seuls les coûts et les conséquences. A l’heure où les primes explosent, ils ne supporteront plus ni d’être pris en otages. Ni d’être exagérément tondus.
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