Edito. Vos caprices, c'est fini!
Les élections au Conseil fédéral? Une roulette russe à la Suisse.
On lui suggère de quitter le Conseil fédéral après quinze ans au pouvoir, il s’accroche de plus belle. «Je ne partirai pas, vous devez l’accepter», s’emportait Moritz Leuenberger, à l’annonce du départ de Pascal Couchepin. Eh bien, non! Il n’y a aucune raison d’enregistrer sans réagir ce refus courroucé. Il faut, au contraire, en dénoncer le caractère injustifiable et quasi monarchique. Comme il est urgent d’évoquer la présence de Hans-Rudolf Merz au gouvernement. Ou plutôt la possibilité de son remplacement. Pourquoi ouvrir le jeu? Parce que nous avons besoin des meilleurs dirigeants possibles en ces temps de turbulences. Parce qu’on éviterait ainsi une élection aléatoire comme nous en avons vécu plusieurs – ce qui est devenu, au fil des années, une sorte de roulette russe à la mode helvétique. Trois départs simultanés permettraient de choisir les personnalités les plus compétentes. Et, cela, en respectant les règles de la concordance et de la représentativité linguistique.
A gauche, on trouve plusieurs candidats romands faits au feu des exécutifs cantonaux et particulièrement compétents en matière de finances ou d’assurances sociales. Les deux socialistes fribourgeois Alain Berset et Christian Levrat, eux, comptent parmi les politiciens les plus doués de leur génération. Et, si l’on cherche des papables qui savent vraiment ce qu’est l’économie, on peut aussi se tourner vers la Suisse alémanique – l’entrepreneur Johann Schneider-Ammann, ténor radical du Parlement, par exemple, ferait sans aucun doute de l’excellent travail (lire l’article de Chantal Tauxe en page 14).
Avec le départ simultané de Pascal Couchepin et de Hans-Rudolf Merz, les partis radical et démocratechrétien pourraient de plus s’atteler à la création d’un mouvement de centre droit. Enfin! On sait que le rapprochement (et peut-être même la fusion) est inévitable à terme si ces deux formations ne veulent pas sombrer dans l’insignifiance. L’heure est venue d’avoir une discussion sur le fond. Quelles idées pour sortir les assurances sociales de la crise? Comment préserver les emplois et en créer de nouveaux? Plans de relance, ou pas? Développement durable, d’accord, mais comment? Que faire pour renforcer nos réseaux dans le monde? Quelles femmes, quels hommes pour incarner ces programmes?
Hélas, les deux présidents Fulvio Pelli et Christophe Darbellay ne peuvent pas se sentir. Et ils sont trop occupés par leurs ambitions personnelles pour réussir ce rassemblement des forces bourgeoises, alors qu’on assiste à ce que Pascal Couchepin appelle une «israélisation de la politique suisse» (lire son interview en page 26).
A chaque crise, à chaque blocage, les promoteurs d’un passage au système majoritaire à la française salivent et annoncent la fin du modèle suisse. Avant de l’enterrer, tentons au moins d’en changer certaines pratiques. Comme celle qui laisse aux conseillers fédéraux l’absolue liberté de choisir l’heure de leur départ. Messieurs Leuenberger et Merz, vos caprices, c’est fini!
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